Août 08

Mémoire fluctuante

« La mémoire est déjà elle-même un romancier. […] Elle est dynamique, se nourrit de notre imagination, de notre personnalité, de nos passions, de nos blessures. »
Roger Grenier, Le palais des livres, « Vie privée », p94.

 

2013

Il se rappelle confusément, bien des années auparavant, une nuit de tempête à la campagne, la fureur des éléments et la rage de sa sœur. Ils s’étaient disputés quelque temps auparavant lui semble-t-il, et leurs relations s’étaient infectées pour une sombre histoire de vêtements. Soirée traumatisante entre toutes, souvenir nocturne qui hante encore ses cauchemars. Le vent hurlait avec colère, secouant littéralement la vieille demeure qui avait soudain pris vie – mais une vie douloureuse, torturée. Les gémissements des meubles, des murs branlants lui faisaient songer à un navire sur le point de sombrer. De ces heures tourmentées se détache la mémoire de cette apparition fantomatique, éphémère, se glissant dans sa chambre – le temps gela aussitôt, transformant cette seconde en un long frisson glacial que jamais il ne pourra oublier.

2007

Il s’est souvenu de la tempête qui faisait rage cette-nuit-là, du déluge qui se déversait, du chaos qui régnait. La maison tremblait sur ses fondations à chaque bourrasque. Marine hurlait, recouvrant le vacarme de sa seule voix et martelant d’infectes grossièretés parce qu’il n’avait pas préparé le repas ; esprit frappeur qui parcourait la maison, vindicatif, invisible mais partout, le bois criait et les portes claquaient à son passage. Il n’avait pas quitté sa chambre, se croyant en sûreté, mais des taches blanches apparurent soudain dans l’obscurité froide. Le temps d’un frisson, elles avaient disparu.

2001

Ce soir-là, les gouttes martelaient la vitre fragilisée par les bourrasques. « On va manger ! Occupe-toi de la table ! » criait Marine en cognant impatiemment à la porte – sa voix luttait pour couvrir la tempête, en sorte que lui n’entendait que des bribes de mots. Elle surgit dans sa chambre en même temps qu’un souffle glacial. Il vit les vêtements blancs flotter dans sa direction. Il eut un picotement dans le dos, avant de reconnaître sa sœur.

1996

Dehors, la pluie battait son plein et le vent sifflait en ce soir de novembre. Marine avait frappé à la porte. « À table ! » appela-t-elle. À cause du temps, il l’entendit à peine depuis sa chambre. Elle dut insister puis, n’y tenant plus, entra. Il sursauta en avisant le T-shirt blanc de sa sœur se mouvoir dans la pénombre. Un infime courant d’air se faufila par la fenêtre mal isolée.

« Ah, c’est toi », dit-il.         

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Août 01

Ascension

« Et on arpente, et on arpente. »
Olivia Profizi, Les Exigences, p. 82.

 

Première de couverture des Exigences d'Olivia Profizi.

Source de l’image : http://p5.storage.canalblog.com/57/78/1120650/94323528_o.jpg

 

Elle est seule. La pente est douce, unie, l’herbe est verte mais glissante. Pas d’arbres, de maison, personne. Le sommet de la colline se découpe dans un ciel pluvieux. Une ligne droite, presque géométrique, couronnée par un arc-en-ciel. Elle doit l’atteindre. Coûte que coûte.

Elle monte d’un pas timide. Elle relève sa robe pour ne pas l’abîmer dans l’herbe humide, dévoilant ses jambes nues. Elle n’aurait pas dû mettre de talons. Ils lui compliquent la tâche. Souvent, ils s’enfoncent dans la terre molle, manquent de la faire chuter. Elle a bien pensé à les retirer, mais elle ne peut pas ralentir sa marche. Elle ne regarde pas en arrière. Elle ne doit surtout pas regarder en arrière. Elle a peur de contempler l’étendue de ses efforts, de fixer la lumière froide du soleil qui pèse dans son dos. Si elle se retourne, elle est perdue.

Il lui reste un long chemin à grimper. À vrai dire, elle n’a pas tellement l’impression d’avoir avancé. Elle ne se souvient plus depuis combien de temps elle monte. Elle est incapable de se situer sur une carte. Son seul espoir réside en l’ascension. En haut de la colline, elle pourra enfin s’asseoir – ou même s’allonger dans l’herbe. Elle pourra se retourner, contempler le monde désert au-dessous d’elle. Avoir un aperçu de ce qui se cache derrière. Un plateau ? Ou le vide ? Le doute la terrifie, et pourtant elle continue à marcher. Là-haut, se trouve le repos.

Mais là-haut, aussi, c’est la Nuit.

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Juil 25

Comment créer un monde ?

Asimov, Tolkien, George R.R. Martin… Des centaines d’auteurs ont créé un univers plus ou moins étendu – ou plusieurs, pour certains. Comment s’y prennent-ils ? Y a-t-il une « recette » ?


1)    Planter le décor : par exemple dans une galaxie (parfois très lointaine, façon Star Wars, d’autres fois c’est la nôtre dans quelques siècles, comme dans Fondation). Faire une géographie plus précise, par exemple : distinguer le centre de la galaxie/de l’Empire (Fondation), les confins de celle-ci…

Voici des exemples de cartes !

  • La Terre du Milieu de Tolkien :
La Terre du Milieu

http://lesfuretsdugondor.info/mieux-connaitre-tolkien-terre-du-milieu/

  • Le royaume de Westeros créé par George R.R. Martin – et le continent Essos à l’est (carte non officielle) :
Les continents de Westeros et d'Essos d'après George R.R. Martin

http://www.comicvine.com/forums/off-topic-5/world-of-westeros-1453266/

  • Les Six Duchés de Robin Hobb :
Les Six-Duchés d'après la saga de L'Assassin Royal de Robin Hobb

http://six-duches.forumactif.org/t10-les-six-duches-a-completer

  • La planète Arrakis, également appelée Dune (Frank Herbert) :
Arrakis (Dune) d'après Frank Herbert

http://sophyanempire.wordpress.com/2013/02/07/dune-frank-herbert-gollancz-1966-nel-1978-macmillan-audio-2007-narrator-simon-vance-and-full-cast/

  • Le monde de Narnia :
Le monde de Narnia

http://www.narniaweb.com/2005/05/brand-new-narnia-map-available/

Sans oublier, bien sûr, les cartes des jeux vidéos : le royaume de Wesnoth, le monde de Final Fantasy, la planète de Sid Meier’s Alpha Centaury… La carte est presque un incontournable en fantasy, voire en science-fiction. Mais rien n’empêche de vouloir faire autrement. Pour une ambiance plus mystérieuse, on peut justement rechercher l’imprécision.

 

2)    Prendre des éléments bien connus de notre monde et les mélanger à votre sauce. Des exemples tirés du recueil de nouvelles Les Rois des sables de George R.R. Martin :

– Reprise de l’Inquisition… mais à l’échelle interplanétaire et en créant la secte des Menteurs (« Par la croix et le dragon ») ;

– S’inspirer des insectes et leur prodigieuse intelligence collective… sauf qu’ici, ce ne sont pas des insectes, mais des créatures extraterrestres… bien plus dangereuses (« Les Rois des sables »).

Cependant, il faut que ce monde soit crédible et singulier, jusque dans la vie quotidienne.

 

3)    La science. Où s’arrête la science ? où commence la magie ? La magie des uns est la science des autres, suivant l’évolution technologique de chacun… et selon le genre auquel appartient l’histoire.

Dans un récit de SF, on peut reprendre des phénomènes scientifiques : un soleil qui s’éteint, une déformation spatio-temporelle, de longues saisons… Tandis qu’en fantasy, c’est… juste de la fantasy.

 

4)    On peut créer plusieurs romans/nouvelles qui se passent dans le même monde : ces textes se complètent et, ensemble, parviennent à créer un univers : Isaac Asimov, J.R.R. Tolkien, George R.R. Martin.

 

5)    Créer un arrière-plan mythologique, comme Tolkien (transmis à travers des chansons ou des livres). Donner une profondeur historique… toujours comme Tolkien.

 

6)    Un monde qui ne soit pas uniforme. Qu’il soit constitué d’un ensemble de royaumes, de pays, de gouvernements… Chacun a sa propre culture, voire sa propre religion. On peut même imaginer des sous-cultures : chez Martin, Westeros se sous-divise en sept territoires : Dorne, le Nord, etc.

 

7)    À mondes variés, personnages variés. Il ne faut pas faire mentir l’adage selon lequel « il faut de tout pour faire un monde » : des sages, des pervers, des géants, des nains, etc. On peut imaginer de grandes familles, chacune avec sa propre mentalité : les Stark un peu benêts, les Tully psychorigides, les Lannister égocentriques, les Tyrell arrivistes, les Targaryen impulsifs et les Greyjoy quelque peu agressifs…

 

8)    Imaginer des races qui soient différentes – humanoïdes ou pas : et ne pas oublier qu’à physique différent, perceptions différentes. Ces peuples peuvent être mélangés ou vivre chacun sur son propre territoire.

 

9)    Créer un langage : des mots pour des objets et des outils ; de l’argot, des jurons et des expressions originales ; des maximes (Le Trône de Fer en regorge : Dark wings, dark words)…

 

Prendre au moins quatre ou cinq de ces ingrédients, mélanger activement le tout et laisser reposer. C’est prêt !

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Juil 18

Art postmoderne

L’ouest. L’océan. Oui, là je serai bien. Loin de toi, société – loin de toi qui as perdu les pédales.

La Terre, année 2060. Les artistes néo-nazis sont à la mode. Le plus reconnu est incontestablement Sir Henry K.C. Lavilla. Ses redoutés Material Hunters – chasseurs de matériaux – parcourent le monde à la recherche de tout ce qui pourrait alimenter ses œuvres sordides : fourre-tout de masques à gaz, de peaux de bêtes, de cadavres de scarabées, de détritus portant encore la puanteur des poubelles d’où ils ont été tirés… Ses créations ont un succès dingue. Ce ne sont pas des sculptures. Ce sont de véritables montages à grande échelle, symboles de la folie d’une société qui se les arrache. Ces monstres de débris industriels et humains ont fait de lui l’un des mille hommes les plus influents de la planète, selon le World People Paper. Mais Sir Henry peut aussi compter sur le mécénat du gouvernement européen.

La plus célèbre de ses créations est le fascinant Cube – surnommée « l’Ode à l’Apocalypse » par la critique enthousiaste. On dirait plus une caisse qu’un cube, en fait ; un pavé troué assemblant les objets les plus improbables, les plus dérangeants. Un ignoble amas de ferraille et de bois, de tuyaux et de pots de confiture terreux. Sur le côté, un ventilateur souffle constamment une brise nauséabonde, soulevant la toile plastifiée et fait trembler le renard dépecé dont il ne reste plus que la maigre fourrure. Et le fond musical – fusion entre la fureur d’une bataille et les tourments d’une tempête – ça aussi, ça fait partie de l’œuvre. J’étais là.

J’étais là, et j’ai contemplé la création terrestre la plus commentée, la plus admirée ces trente dernières années. Elle se trouve au beau milieu du palais du Louvre, sous la pyramide en verre – aucun autre espace n’était digne de sa démesure. Des dizaines de millions de personnes s’en sont approchées – contenues par des militaires arborant leurs mitraillettes Famas impeccables, brillantes sous la lumière.

J’étais là. J’étais parmi eux. J’étais au milieu des touristes au souffle suspendu. Devant ce monstre d’œuvre, j’ai vu la déchéance de l’humanité. J’ai vu les jeunes crier, j’ai vu les larmes des vieux qui se rappelaient. Le beau de Baudelaire, « toujours bizarre » ? Nous avons depuis longtemps dépassé ce concept. Aujourd’hui, le laid est beau. Aujourd’hui, l’horreur fascine. Déjà, au début du siècle, les tueurs au cerveau torturé étaient devenus le symbole d’une société névrosée. À présent, nous acceptons le mal tapi en chacun de nous. Nous le cultivons. Il fleurit. Il nous envahit. Il nous étouffe.

Aujourd’hui, la mort est devenue un spectacle. Oui, rien de plus captivant que de voir un meurtrier quelconque électrocuté, à petit feu, devant une foule compacte et muette sur la place des Champs-Élysées. Certains prétendent que le Cube comporte des morceaux de la chaise qui a tué Saïmon Erdjali, le politicien qui s’est opposé au régime états-unien par un appel aux manifestations – mais qui s’attaque à nos alliés les Américains s’en prend à l’Ordre.

D’après un article paru dans Le Monde, le Cube comporte même un os humain – le cubitus d’une fillette rwandaise retrouvée dans une fosse commune. Le Cube contient un souvenir de tous les conflits de la dernière décennie. L’esthétique de l’innommable. Il a accompli le rêve de tout artiste – le cumul des cauchemars d’autrui.

J’étais là. Je n’y suis plus. Ce monde abject n’a plus de place pour l’innocence. L’innocence, ici, on la déteste : c’est l’hypocrisie, c’est le mensonge – le vice méprisé par la communauté occidentale. L’innocence n’existe pas, nous assène-t-on, c’est une connerie véhiculée par le christianisme et les civilisations inférieures qui nous ont précédés. Non, pour être bien dans sa peau, il faut assumer ce que l’on est. Des bêtes. Les psychopathes sont encore punis, bien sûr, mais uniquement parce que les autorités ont besoin de quelqu’un à placer sur la chaise électrique. Divertir les foules. Les exécutions publiques, l’attraction en vogue.

Il est temps que je m’efface de la planète. Vers l’ouest. L’apocalypse se poursuit de jour en jour. Je n’en peux plus. L’océan. Oui, faire disparaître mon corps dans l’Atlantique, encore préservé de la folie des hommes…

 

Inspiration :
« Apocalypse new », Le Cube, 13-27 février 2014, par Lucas Cresson, Simon Espanol, Ulysse Navarro, Hélène Tripier-Mondancin. Performance et installation plastique, 2013-2014, matériaux de récupération, bois, plastique, grillage, pièces de fer, bocaux, éléments végétaux et animaux, tissu, aluminium, bidon d’huile et d’essence. Bunker environ 3 x 2 x 2 m.

www.univ-tlse2.fr/ medias/ fichier/ plan-des-espaces-autres_1393023807863-pdf

 

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Juil 11

Le monde en statistiques

Un lien vraiment intéressant pour avoir des statistiques sur un pays qui vous intéresse, voire le comparer avec un autre (en anglais, comme la plupart des sites intéressants) :

http://www.worldvaluessurvey.org/WVSOnline.jsp

Saviez-vous, par exemple, que les amis sont considérés plus importants en France qu’au Mexique ?

=> Amitié

Que les Français sont plus croyants que les Espagnols, mais moins que les États-Uniens ?

=> Religion

Que les Espagnols considèrent la prostitution plus justifiable que ne le font les Français et les Sud-Africains ?

=> Prostitution

Vous trouverez des chiffres sur tout ! À défaut de vous être utile, cela vous fera amusera un bon coup…

 

 

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Juil 04

De Capes et de Crocs : flagrant délire d’aventures

Humour, aventures, références littéraires, langage châtié jusqu’à la parodie… Une BD délirante qui dépoussière le roman de cape et d’épée.


 

 

De Cape et de Crocs est une série BD en dix volumes, crée par Ayroles et Masbou, qui se déroule au XVIIe siècle. Les héros sont un loup andalou – Don Lope de Villalobos y Sangrin – un renard français – Messire Armand Raynal de Maupertuis – tous deux gentilshommes… Et un mignon, mystérieux petit lapin blanc : Eusèbe.

Quoi ? Mais de qui on se fiche ? Oui, dans De Cape et de Crocs, les animaux qui parlent se mêlent aux humains. Et ça n’étonne personne. On est à mi-chemin entre les Trois Mousquetaires et le Robin des Bois de Disney. L’intérêt ? Un univers singulier dès les premières pages, et une source d’humour considérable. Le fait que le lapin porte malheur sur un navire promet bien des surprises…

Voici neuf raisons de lire De Cape et de Crocs. Au moins.

1)    Des références littéraires infinies. En particulier, les comédies de Molière et Cyrano de Bergerac (le personnage mais aussi l’auteur) sont au goût du jour. Sans oublier, en vrac, le théâtre classique, La Fontaine, Moby Dick et de multiples références que l’on découvre au fil des pages. Il est mathématiquement impossible de toutes les trouver à la première lecture… ni même à la seconde d’ailleurs.

2)    Une BD-monde. Ou même une BD-univers. De Venise à la Lune, en passant par l’île au trésor et les voyages intergalactiques, De Cape et de Crocs rengorge de pirates, Maures, bohémiennes, mercenaires, complots, indigènes, et j’en passe. Le tout en se moquant allègrement du cliché ou des schémas traditionnels.

3)    Des dessins truffés d’humour. Souvent l’arrière-plan est plein de surprises, en décalage avec le dialogue. Je garde un excellent souvenir de la fin du « perroquet » du capitaine Boone. À la première lecture, j’étais tellement préoccupé de la situation des personnages principaux que je n’ai pas remarqué la demi-douzaine – au moins – de vignettes qui décrivent en arrière-plan ce qui arrive au malheureux volatile… Mais je n’en dirai pas plus.

4)    Des dialogues savoureux. D’abord, ils sont drôles. Infiniment drôles. Et puis, l’alexandrin y est roi. Mais attention, pas l’alexandrin lourd et pesant de certaines tragédies classiques – non, ici on ne se rend parfois même pas compte qu’il s’agit d’un alexandrin. La musicalité qui rejoint la cocasserie, franchement, vous demandez quoi d’autre ? Un scénario. D’accord, on y vient.

5)    Des figures de style. Oui, cette BD vous fera enfin aimer les figures de style : contrepèteries, métaphores, solecismes, litotes… Vos cauchemars en deviennent hilarants.

6)    Des aventures abracadabrantes. Ou comment, de la Venise du XVIe siècle, se retrouver sur la face cachée de la Lune. Et les personnages qui essaient d’expliquer ça scientifiquement avec le jargon de l’époque… Inénarrable. L’absurdité devient le style même de cette saga.

7)    Un suspense haletant. On peut se moquer du scénario, mais, du fait même de son absurdité, on se rend compte que tout peut arriver. Les rebondissements sont nombreux, parfois touchants, souvent loufoques.

8)    Un décalage de ton. Décalage entre les dialogues et l’image. Des péripéties qui auraient pu être angoissantes dans d’autres contextes sont ici comiques… Bien que les derniers épisodes soient plus sombres, plus mélancoliques.

9)    Une couverture originale. Parce que, même sur la forme, De Cape et de Crocs s’éloigne de la BD traditionnelle. Les 2e et 3e de couverture ne sont jamais les mêmes. Plan de la Lune, de l’île, prologue, épilogue ou transition du volume, ils ont leur importance.

Le genre de BD que l’on ne se lasse pas de redécouvrir à chaque lecture. Le jour où l’on étudiera la BD au lycée, cette saga doit être au programme.

 

Et bientôt sortira même un diptyque des aventures d’Eusèbe, le lapin blanc…

 

Pour en savoir plus : le site alimenté par les fans de la saga (http://www.decape.askell.com/) !

 

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Juin 27

Planète des oiseaux

Abandonné dans le carrousel, un enfant pleure. Comme s’il ressentait une menace. Peut-être regarde-t-il ce pigeon – perché sur la tête d’une statue humaine, roi grotesque sur un trône ridicule, toisant la masse anonyme sur la place. Ses troupes sont éparses, infiltrées dans la foule, en quête de nourriture, parasitant les humains qu’ils viennent harceler, inlassablement.

Les alliés sont déjà sur place. Ils offrent leur tribut sous forme de miettes de pain. Une minute à peine, et déjà, deux ou trois oiseaux sont là, des moineaux curieux, qui s’avancent en sautillant. Et s’approchent, de plus en plus. Depuis son banc décrépi, un retraité prédit :

« Bientôt on sera attaqués par les pigeons, hin hin ! »

Le prophète interpelle ses congénères. Il proclame à qui veut l’entendre que « le temps n’a pas d’importance ». Et pourtant il défile, on le voit aux ombres portées qui glissent, lentes, insaisissables. Handicapés, retraités, hommes fourbus, femmes soucieuses, tous ignorent le soleil qui fuit. Il réchauffe encore leur peau, mais  le gris nuageux l’absorbe par instants.

Peut-être ébranlé par les paroles de mauvais augure que profère le retraité, un homme s’est arrêté, au milieu de la place, appuyé sur sa béquille. Il observe, déjà nostalgique, le monde qui l’entoure. Les cheveux parfumés des belles dames, les coiffures extravagantes, les cris au téléphone, la puanteur des cigarettes.

Les hautes maisons surplombent la foule éparse – miradors résidentiels auxquels rien n’échappe. Les murs reflètent un ancien temps, sans doute meilleur que celui-ci. Le monde a changé ; on le lit dans la pierre. D’anciennes fenêtres sont aujourd’hui condamnées par des briques rouges. Écrasés par les ombres de la ville, les humains minuscules vont et viennent sans savoir, sans se regarder. Ils courent, ils marchent, mais ils n’échappent pas à leur destinée. Ils ignorent qu’ils sont l’attention de tous les objets.

Au hasard des ruelles se trouve une seconde place, désertée. Ici, l’agitation de la ville a laissé place à un calme trop palpable pour ne pas troubler. Déjà les volatiles ont pris possession du terrain. Il est gris, triste comme le ciel. Sur le côté, des tables regroupées rappellent une fête lointaine. La mauvaise herbe se faufile entre les carreaux en pierre effrités sur la place. Quelques personnes ont formé des petits groupes, çà et là, qui tentent de soigner leur solitude par des conversations vides de sens.

Les humains isolés, il devient aisé de les harceler pour les oiseaux affamés. Nul n’est besoin de voler. La place est conquise. Ils la traversent d’un pas dandinant et hâtif, s’approchent avec une audace croissante des trois visiteurs. Les plus vaillants sont des moineaux, tels de minuscules éclaireurs.

Les proies sont vulnérables, impuissantes à voler, trop molles pour repousser sans cesse les assaillants à plumes. La place est presque recouverte de ces petites créatures menaçantes. Leurs yeux noirs et mobiles accusent leurs ennemis des exactions passées, des humiliations subies. Les humains s’observent mutuellement. Ils se méfient même de leurs semblables. Guettent une possible trahison. Jusqu’à la fin, ils restent racistes et paranoïaques. Un skateur s’entraîne ; sa planche claque, brutale, sur la pierre. Il cherche à impressionner la place semi-déserte – ou masquer sa propre crainte. Un ado fume une dernière cigarette.

« Viens, Simon, on arrête. »

Il est trop tard pour fuir. Ils sont toujours plus nombreux. La tension monte pour chacune des deux races. La peur s’immisce chez les humains qui attendent, voient grossir les rangs des volatiles. Comme si la brise fraîche les rassemblait sur la place.

Une voiture tente une sortie, mais sa vitre ouverte laisse échapper un tube rap qui attire les regards noirs des volatiles. Une même pensée agite leur cervelle. Manger. Faim. Aller vers l’autre pour se nourrir. Piquer la substance d’autrui. Aussi tenaces que des vélociraptors, les oiseaux se séparent en bandes et se lancent à la poursuite des fuyards. Suivez la musique, vous ne perdrez pas les hommes.

Après des décennies de lutte quotidienne contre les pigeons, la race humaine sort affaiblie de la guerre. Il ne reste plus aux oiseaux qu’à faire ripaille sur le cadavre de la civilisation. Un gamin blessé au genou pleure sur le sol nu, abandonné par son frère moqueur. L’animalité où est réduite l’humanité.

Le signe annonciateur de l’apocalypse est cette trottinette d’enfant qui roule seule, suivant son propre mouvement, comme pour se libérer de la tyrannie des hommes. Mais elle ne va pas loin. Un mur l’arrête dans un choc sec.

Alors, le vent apporte les pleurs d’un enfant. Et les humains le voient : atterrissant au milieu de ses armées, l’énorme pigeon blanc. Une tâche noire grossit l’un de ses yeux. Sa tête bouge tel un robot mal programmé. Sa gorge s’enfle tandis qu’il laisse échapper un long roucoulement. C’est l’heure.

Comme d’un seul battement d’ailes, les oiseaux s’envolent, prêts à déferler sur le monde.

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Juin 20

Quels sont les pays les plus heureux au monde ?

Le « World Happiness Report » (Rapport mondial sur le bonheur) est une étude très sérieuse visant à évaluer le bonheur des habitants du monde entier. La France se trouve en 25e position pour la période de 2010-2012.


À l’origine était une résolution des Nations unies en 2011, celle de mesurer le bonheur des populations. Et ce, afin de permettre des politiques adaptées.

Comment mesurer le bonheur ? La difficulté vient des deux sens que ce mot implique. Le bonheur est d’abord une émotion éprouvée à un moment donné : « Je suis heureux. » Mais c’est aussi une évaluation : « Je suis heureux d’une manière générale, je suis content de la vie que je mène » (distinction peut-être encore moins évidente avec l’adjectif anglais « happy »).

Le rapport insiste sur la forte influence de la santé mentale en la matière. « La santé mentale est le facteur le plus déterminant pour le bonheur individuel (dans tous les cas où cet aspect a été étudié). Environ 10% de la population mondiale souffre de désordres liés à une dépression clinique ou une angoisse maladive. Il s’agit de la plus grande cause de handicap et d’absentéisme, avec des coûts élevés en termes de misère et de pertes économiques » (introduction, p. 4).

Ce rapport, très sérieux, explique d’autre part que les sociétés heureuses sont plus productives et en meilleure santé (p. 56). Tous y gagnent, que ce soit dans le domaine de la famille, dans le cadre du travail ou au sein de la communauté.

Il s’agit de la seconde étude sur le bonheur humain à une telle échelle. La première s’intéressait aux données scientifiques. Celle-ci se préoccupe des questions politiques et même philosophiques. Le rapport conclut sur la nécessité d’adapter les politiques dans le sens d’un bonheur individuel.

L’évaluation du bonheur s’appuie sur le PIB, le soutien social, la perception de la corruption, la générosité, la liberté et l’espérance de vie à la naissance.

À la p. 22, se trouve un classement des pays sur l’échelle du bonheur. Le Danemark occupe la première place, suivi par la Norvège et la Suisse :

1) Danemark
2) Norvège
3) Suisse
4) Pays-Bas
5) Suède
6) Canada
7) Finlande
8) Autriche
9) Islande
10) Australie
11) Israël

 

Les États-Unis sont en 17e position, et la France est le numéro 25 – juste après le Royaume-Uni.

À la fin du classement, se trouvent la Syrie, les Comores, la Guinée, la Tanzanie, le Rwanda, le Burundi, la République centrafricaine, le Bénin et, enfin, le Togo.

 

Pour en savoir plus :

Lien : http://unsdsn.org/resources/publications/world-happiness-report-2013/ (en anglais ; cliquer sur « Download Publication » en haut pour accéder au rapport intégral)

 

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Juin 13

Carte interactive de Westeros !

Un site impressionnant, pour découvrir le monde de Game of Thrones !

=> http://quartermaester.info/

Vous pouvez même découvrir les parcours des différents personnages au fil des romans ou des épisodes (attention aux fausses manip’, le risque d’auto-spoil est réel).

Quelques erreurs se sont glissées (le parcours de Littlefinger dans la série) et la carte n’est pas officielle (George R.R. Martin n’a pas encore publié une carte entière de son monde, à ma connaissance). Le site perturbera peut-être votre navigateur (Mozilla Firefox, c’est toi que je vise). Mais cela reste magique.

Pour tous ceux qui ne savent plus qui est où dans la série !

 

 

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