Mai 30

Le Trône de Fer : l’élaboration d’un monde

dernière compilation d’interviews de George R.R. Martin, voici quelques questions à propos de l’univers qu’il a réussi à créer – géographie, éléments culturels…


 

  • Une géographie inspirée

C’est peut-être une question idiote, mais… Quand vous pensez au monde que vous avez créé, ce monde où les saisons durent des années entières, où est-ce ? S’agit-il d’une autre planète ?

C’est ce que Tolkien appelait « le monde secondaire ». Ce n’est pas une autre planète. C’est la Terre. Mais ce n’est pas notre Terre. Vous pourriez la qualifier de monde alternatif, mais ça sonne trop « science-fiction ». Tolkien a vraiment ouvert la voie avec la Terre du Milieu. Il a vaguement expliqué qu’il s’agissait de notre passé, mais ça ne tient pas vraiment la route. J’ai tout le temps des gens qui m’écrivent avec des théories SF sur les saisons – « C’est un système extrasolaire avec des étoiles doubles, dont une naine noire, ce qui expliquerait… » C’est de la fantasy, mon gars ; c’est magique, c’est tout.

 

Valyria est un endroit que l’on ne voit jamais dans les livres mais dont la présence se ressent fortement. Je l’ai toujours associé avec l’Empire romain mais quand vous décrivez le fléau de Valyria avec la mer bouillonnante et les tsunamis géants, cela rappelle notre propre légende de l’Atlantide. Je suis sur la bonne piste avec ces comparaisons ?

Oui. Encore une fois j’ai mélangé et associé plusieurs idées. Certains éléments de Valyria rappellent la Rome antique. Cet empire a dominé le monde pendant des siècles. Contrairement à Rome, sa domination était en partie due à la magie et les dragons mais également grâce à la force de ses armées. La chute de l’Empire romain a été un processus lent qui a duré plusieurs siècles alors que pour Valyria, cela s’est passé en une nuit. En ce sens oui, cela ressemble plus aux légendes de l’Atlantide.

Une des influences du fléau de Valyria vient d’une histoire vraie en Nouvelle-Zélande – l’éruption volcanique qui a détruit les Pink and White Terraces. C’était une formation géologique considérée comme l’une des sept merveilles du monde durant l’époque victorienne. Les gens venaient du monde entier pour voir ces merveilleuses terrasses de calcaire d’où coulaient des rivières d’eau chaude volcanique. Il y avait une série de bassins naturels dans les niveaux inférieurs et l’eau se refroidissait à mesure qu’elle coulait d’un bassin à l’autre. Tout en haut, l’eau était brûlante mais en bas, elle était juste chaude.

C’était un lieu magnifique mais volcanique. Un jour, tout a explosé – la zone entière s’est soulevée. Heureusement, l’endroit n’était pas vraiment habitable. Il n’y a donc pas eu de victimes lors de la catastrophe. Mais ces deux merveilles, le lac qui les entourait et une autre grande zone ont disparu du jour au lendemain. La dernière fois que j’étais en Nouvelle-Zélande, nous étions à Rotura où il y a un musée qui contient une pièce qui parle uniquement de ces terrasses et leur destruction.

Un autre événement similaire a été l’explosion du Vésuve qui a détruit Pompéi et Herculanum. Et le Krakatoa, une autre explosion gigantesque. J’ai mélangé toutes ces choses et suis arrivé à Valyria – la magie en plus.

 

Vous avez expliqué une fois que le mur d’Hadrien avait été votre inspiration pour le Mur de Westeros. Comment la visite du mur d’Hadrien a-t-elle amené à l’idée de la Garde de nuit ?

J’ai vu le mur d’Hadrien pour la première fois en 1981. […] Il n’y avait personne autour. J’ai regardé vers le Nord alors que le crépuscule s’installait et j’ai essayé de m’imaginer ce que ça faisait d’être un Romain stationné là quand le mur était une vraie protection, quand c’était la fin de l’Empire romain et que vous ne saviez pas vraiment ce qui pouvait arriver de ces collines ou des bois un peu plus loin. Les Romains ont fait venir des hommes de l’ensemble de leur gigantesque empire, vous pouviez donc être originaire d’Afrique, de Syrie ou d’Égypte et être assigné à cet avant-poste. Quel étrange monde cela devait être pour vous.

Ça a été une expérience importante qui m’est restée. Ce n’est qu’une décennie plus tard que j’ai commencé Le Trône de fer. J’avais toujours en tête cette vision et je me disais « Je veux écrire une histoire sur des gens gardant la fin du monde. »

Bien sûr, la fantasy est plus grande, plus colorée qu’un mur de trois mètres de hauteur. Il n’allait donc pas convenir. Mon mur fait deux cents mètres de haut et est fait de glace. Et ce qui vient du Nord est un peu plus terrifiant que des Écossais ou des Pictes, ces hommes dont les Romains se méfiaient.

 

Après avoir entendu parler de Dorne dans les premiers livres, on visite enfin cette région dans le quatrième livre, A Feast for Crows. Elle me rappelle le Pays de Galles mais on y retrouve aussi des traces d’Espagne et de Moyen-Orient. Vous semblez emprunter librement à plusieurs cultures.

Oui. Vous pouvez faire une transposition exacte du monde réel dans un univers de fantasy mais, dans ce cas, vous pouvez tout aussi bien écrire un roman historique. Quel est l’intérêt d’utiliser un personnage qui est exactement comme Henry VIII ? Si vous voulez faire ça, il suffit d’écrire sur Henry VIII. C’est bien plus intéressant de prendre certains éléments de ce roi, d’autres d’Edward IV et peut-être des choses ici et là, de les mélanger et d’utiliser son imagination pour créer son propre personnage – quelqu’un qui est vraiment lui-même et non pas la copie d’un personnage historique. C’est la même chose pour les batailles. L’Histoire est pleine d’événements fabuleux et de détails que vous pouvez lire dans des livres. Ma femme est toujours plongée dans des livres d’histoire, à dire que l’on ne peut pas inventer ce qu’on y trouve. Ces romans historiques sont une vraie mine d’or pour tout écrivain de fantasy.

 

  • De l’Histoire au monde d’aujourd’hui

[…] Vos livres sont parfois décrits comme « de la fantasy pour ceux qui n’aiment pas vraiment la fantasy ». Je pense que le premier en particulier [A Game of Thrones] se lit surtout comme un roman historique, la magie n’apparaissant qu’à la frange. Les éléments surnaturels deviennent plus importants dans les romans suivants, mais l’histoire garde quand même ce côté historique. Voyez-vous la fantasy et le roman historique comme les deux faces d’une même pièce ?

Oui, ce sont au minimum de faux jumeaux. Ils possèdent les mêmes attraits pour le lecteur. Ils offrent les mêmes plaisirs – vous amener en dehors de la société dans un monde imaginaire ou une autre époque historique où la vie, la culture et la société étaient différentes. Les deux offrent au lecteur l’opportunité d’expérimenter un monde différent. Pour moi, ils ont beaucoup en commun.

 

Vous avez écrit le script de l’événement majeur de cette deuxième saison, la bataille de la Néra. L’un de mes passages favoris dans cette bataille est le piège tendu par Tyrion, l’immense chaîne sous-marine utilisée dans la rivière. Cela rappelle une tactique similaire employée dans la bataille de Constantinople il y a des siècles…

Cela fait partie de mes sources d’inspiration. Ces chaînes ont été utilisées un grand nombre de fois dans l’histoire et les batailles pour des buts très variés. Bien sûr, on peut les utiliser de différentes manières. Vous pouvez les lever assez tôt pour fermer le port – ou la rivière dans notre cas – pour empêcher les navires de rentrer. Mais ce n’était pas le plan de Tyrion. (Petit spoiler de cet épisode) Ce qu’il voulait faire, c’était d’attirer le maximum de la flotte de Stannis et lever la chaîne derrière elle pour que les navires ne puissent faire demi-tour quand il lâche le feu grégeois sur eux.

Le feu grégeois de la série est une version magique du feu grégeois antique – pour revenir à la référence de Constantinople. Et, une fois de plus, la fantasy a tendance à exagérer les choses. Donc la puissance de ce feu est multipliée par 10. C’est vraiment une chose affreuse, ça brûle avec des flammes vertes, ce qui est un effet pyrotechnique sympa.

 

Est-ce que Le Trône de Fer est un parallèle, ou une critique, de notre société?

Non. Mon travail n’est pas une allégorie de notre époque. Si je voulais écrire sur la crise financière ou le conflit syrien, j’écrirais sur la crise financière ou le conflit syrien, sans métaphore. Cependant, il est vrai que plusieurs thèmes apparaissent dans mes romans aussi bien que dans l’histoire du monde. Des choses comme le pouvoir, le sexe, la douleur… J’ai grandi en lecteur de science-fiction, et c’était mon premier amour, avant même la fantasy. Mais la science-fiction présentait alors un monde idéaliste : l’espace, un futur radieux… Malheureusement cet optimisme a disparu très vite, le futur n’étant pas aussi bon qu’on ne l’espérait. Aujourd’hui, la science-fiction est très pessimiste et s’intéresse aux dystopies : un monde pollué, un monde pourrissant… Bien sûr, je préfèrerais appartenir à un autre monde, un monde meilleur, mais je ne peux pas. Peut-être que l’hiver n’approche pas seulement de Winterfell, mais aussi dans le monde réel.

 

Sources :

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Mai 23

Personne anonyme

Tout le monde parle, rit et marche – courant presque – dans la rue bondée. Moi seul reste dans l’ombre.

Tout le monde passe sans me voir. Moi seul les observe, indiscret mais invisible. Je n’existe pas. Tout le monde s’impose, chacun à sa manière ; les uns s’échangent des plaisanteries à un rythme soutenu, d’autres s’énervent au téléphone, ou bien ils interpellent les passants pour leur demander « une p’tite pièce, missié, s’y ‘ous plaît ». Moi seul m’avance comme une ombre hésitante, sans écouteurs, sans livre, sans ami pour donner l’illusion que la vie m’est favorable.

Tout le monde excelle à afficher un sourire ambigu aux lèvres – sans qu’on sache vraiment si c’est un sourire en fait, ni si celui-ci s’adresse aux personnes tout autour, ou si ces lèvres ne sont que le reflet d’une rêverie. Moi seul ne parviens pas à me donner une contenance, un air sérieux, ou aimable, ou spirituel. Je semble être le seul figurant dans un théâtre géant où tous sont acteurs.

Tout le monde a un sens dans sa vie ; je crois le lire dans leurs yeux, le sentir dans leurs voix, l’analyser dans leurs démarches. Moi je marche seul à travers ces rues peuplées, depuis dix ans déjà, ou plus – mais qu’importe, puisque rien dans ma vie n’a changé depuis.

Tout le monde se presse comme s’ils avaient une raison de presser. Moi seul cherche encore cette raison, tout en sachant que quand je l’aurai trouvée, quand j’aurai enfin une raison d’exister, il sera déjà trop tard. Il est déjà trop tard. Les années me lâchent une par une.

Tout le monde me frôle d’un pas rapide, courant d’air de parfum sensuel ou de transpiration. Jamais ils ne me touchent. Comme si un magnétisme les repoussait. Je n’intéresse personne.

Tout le monde observe tout le monde. Les hommes mirent les filles, les vieux analysent les jeunes, les jeunes toisent les vieux, les handicapés captent l’œil de tous. Moi seul échappe à ce jeu de regards. J’observe, mais n’obtiens aucune attention en retour.

Combien sont-ils comme moi, tout autour, combien de silhouettes placées là juste pour que les gens intéressants, eux, puissent vivre, se montrer, tels des acteurs sur une estrade ? J’ai beau chercher, je n’en vois personne. Juste moi. Tout le monde, tous les autres sont en couple, ou en groupe, ou bien ils ont des écouteurs, un livre, mais non, ils ne sont jamais vraiment seuls. Moi, si. On ne m’évite même pas. Je n’existe pas.

Alors je m’assois sur un banc et j’attends.

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Mai 17

Rome : retour sur une série terminée trop tôt

Petite pause au milieu des extraits d’interviews de George R.R. Martin. La série à succès Rome (2005-2007) a su faire du neuf avec de l’antique. Produite par la BBC et HBO, elle reste un exemple dans la technique des séries historiques. Elle a hélas été amputée de trois saisons sur cinq pour des raisons de budget.


Image crieur public par Tom Lee KelSo (saison 2 épisode 1)  https://www.flickr.com/photos/leekelso/369803848/sizes/o/in/photostream/

Le crieur public de la série (photo Tom Lee KelSo – saison 2, épisode 1).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Rome, c’est l’histoire des troubles et crises politiques au sein de la ville aux Sept Collines. Contexte : en 52 av. J.-C., la République touche à sa fin. Jules César vient de mater une rébellion en Gaule, mais, dans le même temps, son alliance avec Pompée s’effrite. De provocations en provocations, la tension monte entre les deux proconsuls… et conduit à la guerre civile.

C’est, à mon avis, la période romaine la plus fascinante. Jules César, de sa guerre des Gaules à son assassinat, Brutus, Cicéron, ou encore Cléopâtre et Marc-Antoine… Tous ces noms sont célèbres. Le défi était de maintenir l’attention du spectateur, alors que celui-ci connaît déjà bon nombre de faits et de personnages. C’est la difficulté de Rome comparé au Trône de Fer, ou à d’autres sagas qui se dérouleraient dans un monde imaginé de toutes pièces : aucune contrainte de véracité historique, donc facile – en théorie – de surprendre lecteur ou spectateur. La République romaine, c’est autre chose. Tout le monde sait que Jules César va mourir au Sénat, poignardé notamment par son fils adoptif Brutus. La plupart n’ignore pas non plus que Cléopâtre et Marc-Antoine finissent mal. Shakespeare et son Jules César, Pierre Corneille et La Mort de Pompée, Astérix et de nombreux péplums sont déjà passés par là.

Rome est donc un pari risqué, au moins du point de vue du scénario – sans parler de l’investissement financier (plus de deux cents millions de dollars) et le souci de la vraisemblance historique.

Le résultat ? Ça marche !

Voici quelques-uns des secrets de cette réussite.

 

Rester fidèle à l’esprit de l’époque, pas aux faits

Les réalisateurs ont cherché à recréer l’ambiance de cette période. Alliances, complots, trahisons, liaisons dangereuses… En clair, le cocktail sexe-violence-politique qui a fait ses preuves ces dernières années (Game of Thrones, Black Sails…). Il faut dire que ces trois ingrédients sont nécessaires pour expliquer l’une des périodes les plus troublées de l’Antiquité.

Au fond, qu’importe si le rythme s’accélère par rapport à la réalité ; si certains événements sont oubliés ou adaptés pour les besoins du scénario ? Après tout, en se permettant quelques déviations, la série gagne en surprises. Au contraire, une fidélité extrême aurait conduit à un scénario trop prévisible.

Rome, c’est aussi le souci de recréer une époque, son quotidien. Il n’y a qu’à voir les décors et les costumes pour s’en assurer. Des quartiers populaires très crédibles, les citoyens qui y travaillent, les esclaves, la religion et même les graffitis ! Par choix artistique ou contrainte budgétaire – vraisemblablement les deux – Rome met à l’honneur les huis-clos, les espaces modestes. Tout le contraire des péplums hollywoodiens à gros budget qui mettent en place des décors certes somptueux, mais qui tiennent finalement plus du fantasme que de la vérité. De fait, les décors de Rome réussissent bien mieux à nous plonger dans l’époque romaine.

 

De nouveaux personnages

Comme on sait déjà plus ou moins ce qui arrive aux personnages historiques – surtout les latinistes et les historiens – il faut en ajouter d’autres.

Les légionnaires Lucius Vorenus et Titus Pullo sont, à l’origine, deux légionnaires présentés brièvement dans La Guerre des Gaules de Jules César. Ils ont été développés pour la série. Ils se trouvent confrontés aux intrigues politiques qui déchirent la République. Ils permettent de montrer le point de vue des plébéiens, tandis que d’autres personnages, comme Atia de la famille des Julii, présentent celui de la noblesse. Différentes échelles sociales qui permettent d’observer toutes les facettes de Rome : ceux qui jouent au « jeu de trônes » et les hommes de main.

 

Les idées reçues, un danger devenu atout

Les scénaristes ont eu l’intelligence de s’appuyer sur un fonds culturel commun. Ils l’ont savamment détourné, de façon légère mais suffisante pour éviter l’évidence.

La psychologie des personnages est complexe : les scénaristes se sont efforcés d’éviter les facilités : faire de Brutus un ignoble traître, ou de Cicéron un orateur brillant, par exemple. Ce dernier est un lâche et un opportuniste dans la série. Je le trouvais assez peu sympathique, au début. Point de discours cicéronien, bien qu’il soit connu pour ça : ici, les orateurs sont Jules César et Marc-Antoine. Et encore, le plus célèbre discours de ce dernier, alors qu’il galvanise les foules après la mort de César, est ici rapporté par l’un des acolytes d’Erastes Fulmen. Manière de dire : Shakespeare l’a déjà fait avant nous, inutile d’insister là-dessus.

Le personnage de Cléopâtre est, quant à lui, réussi. Loin de la Monica Bellucci d’Astérix & Obélix : Mission Cléopâtre, celle de Rome est une jeune droguée aux cheveux courts et à la peau blanche – signe de noblesse – et une sacrée manipulatrice politique… et sexuelle. Quant à sa fin dans la saison 2, elle s’éloigne également de la représentation romantique que la postérité a retenue.

La mort de Jules César, si elle ressemble beaucoup à celle qui est restée dans notre imaginaire collectif, nous épargne toutefois le « Toi aussi, mon fils » adressé à Brutus. Jugé sans doute trop cliché, trop théâtral. Les avertissements de sa femme, suite à une prémonition, ne sont là que pour la forme.

Les scénaristes cherchent à réactualiser les idées reçues, sans les rejeter tout à fait. Elles sont importantes, car des événements tels que la mort de César constituent des événements attendus. La question du suspense n’est plus de savoir ce qui va arriver, mais comment cela va-t-il se produire.

D’ailleurs, ces événements servent de référents pour le spectateur. Comme si les enlever aurait fait perdre de la crédibilité historique à la série.

Finalement, l’héroïsme ne se trouve pas tant dans ces événements fameux, que dans les aventures des personnages inventés ou recentrés pour la série : en particulier Vorenus et Pullo et la scène dans l’arène, à la fin de la saison 1. Celle-ci est d’ailleurs la preuve que point n’est besoin de créer un décor somptueux de type Gladiator pour créer une ambiance épique. Moindre budget, petits décors, mais scènes puissantes.

 

Et pour finir, un procédé narratif audacieux !

Dans un roman, on peut résumer les événements en quelques lignes. Mais dans une série, comment faire ? On peut utiliser une voix off, mais alors ça ferait un peu « documentaire », ce qui n’est pas l’esprit de la série. Ou alors, un court texte qui s’afficherait sur l’écran – mais ce n’est pas l’idéal sur un écran. Alors ils ont eu l’idée, selon moi brillante, d’un crieur public sur le forum : il annonce au peuple romain les derniers événements marquants mais, en même temps, c’est à nous, spectateurs, qu’il résume les faits. Le crieur public est le même durant les deux saisons. Il est même devenu un repère pour le spectateur. Alors que tout se gâte autour de lui, tandis que les personnages meurent ou s’exilent, celui-ci reste le même, avec son jeu d’acteur volontairement emphatique, captivant.

 

La série Rome a donc su tirer parti de tous les avantages d’adapter cette époque en série, et transformer habilement ses handicaps en atouts. Dommage que la fin ait été accélérée pour des raisons de budget : la saison 2 est une compilation de trois prévues à l’origine.

Bien sûr, il est toujours possible de la critiquer : peut-être y a-t-il trop de sexe ; beaucoup de batailles sont occultées pour des raisons financières ; enfin, certains clament même que la violence est trop présente – mais je me demande comment pourrait-on faire autrement. Quoi qu’il en soit, Rome est, à mon avis, une grande réussite d’un point de vue scénaristique et historique.

Et vous ? Êtes-vous plutôt Rome ou plutôt Gladiator ?

 Source : Wikipédia pour les précisions chiffrées.

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Mai 12

Espagne : les bars à tapas, ou comment boire beaucoup sous prétexte qu’il faut bien manger

En Espagne, la ville la plus réputée en la matière est León – une ville nichée à trois heures au N-O de Madrid. Les tapas y sont un peu ce que le vin est à Bordeaux: un incontournable. Alors, les tapas (les vraies), c’est quoi ?


Un exemple de tapas: de petites tartines avec du saumon, du fromage. Chez nous ce serait plutôt un apéro.

Un exemple de tapas ! (bar « Odin » – photo Matthieu Despeyroux)

À León, du côté du centre-ville, la plupart des bars proposent des tapas le soir. Et comme le soir peut se finir tard, là-bas, on peut en manger jusqu’à onze heures passées. J’ai eu la chance d’y vivre pendant plusieurs mois. Retour sur une coutume fort appréciée.

Le principe des tapas : on paie un verre, et ils nous offrent de la nourriture avec. Quand on est nombreux, la quantité de tapas augmente en proportion.

Il faut savoir qu’au mot « tapas » ne correspond pas une recette bien précise. C’est en général salé, mais j’ai déjà mangé des sucreries qu’ils appelaient aussi « tapas ». À León, ils proposent selon les bars des cacahouètes, des huîtres, de la viande, des fritures ou des parts de pizzas… Souvent, ça rappelle ce qu’on mange en apéro en France… sauf que ce ne sont pas des apéros. Ce sont des tapas ! On les mange assis ou debout, ça dépend, parfois on reste très peu de temps et on passe tout de suite au bar suivant…

Car la tradition veut qu’après avoir fini son verre – et ses tapas – dans un bar, on aille dans un autre, qui propose en général des recettes tout à fait différentes. En tout, on va dans quatre ou cinq bars ; malgré les petites quantités dégustées, au bout d’une heure à ce rythme, on se sent calé. Comme, à León, les bars qui proposent des tapas sont partout dans le centre, pas besoin de marcher beaucoup ou de connaître la ville pour en trouver. D’ailleurs, se perdre dans les rues animées de León le soir, ça a son charme…

Vous l’aurez compris, faire la tournée des tapas est aussi une occasion de se retrouver entre amis. Et, vu le monde qu’il y a certains jours, il est bon d’être en bande organisée. Car il est parfois impossible d’entrer à cinq en même temps dans un bar tant il est bondé : les Espagnols sortent beaucoup le soir (les Erasmus encore plus, mais ceci est une autre histoire). Le charme des tapas (outre que c’est très bon en général), c’est justement de se promener le soir dans les rues piétonnes, avec ses amis, quelque peu imbibés d’alcool (mais pas trop). On peut aussi payer un verre de Coca dans les bars, bien sûr, mais ça c’est de la triche.

Le peu que j’ai vu dans le reste de l’Espagne, les choses se passent différemment. On paie les tapas, et parfois on a une consommation gratuite. En France aussi, on connaît les tapas mais ce n’est pas pareil. Bref, si vous voulez expérimenter cette coutume, allez à León.

Pour voir à quoi peuvent ressembler les tapas, vous pouvez aussi consulter le lien suivant (en espagnol) :

http://www.theranking.com/tapa-n1-de-espana-las-mejores-tapas-de-leon_r17205

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Mai 07

Le Trône de Fer : le scénario en questions

D’autres extraits d’interview qui permettent d’en savoir un peu plus sur l’écriture du Trône de Fer. L’auteur, George R.R. Martin, parle de certains de ses procédés pour construire le scénario et entretenir le suspens : notamment l’usage des prophéties et la mort des personnages. pour votre sécurité, Les rares « spoilers » ont été soigneusement balisés !


 

Prophéties et jeux sur l’attente du lecteur

Une chose curieuse, dans vos livres, c’est que vous donnez plein d’indices à travers les flammes du Dieu Rouge, les mots du fantôme de Noblecœur (Ghost of the High Heart) ou les visions que Daenerys a dans l’Hôtel des Nonmourants (House of the Undying).

[Note : la série a essentiellement gardé les prophéties de Melisandre.]

Eh bien, peut-on les considérer comme étant des spoilers ? [Rires.] Il faut les regarder très attentivement pour comprendre ce qu’ils signifient. Ils ne veulent pas toujours dire ce qu’ils ont l’air de vouloir dire…

 

C’est sûr, l’intrigue est parfaitement imprévisible malgré toutes les prophéties que vous donnez pour nous aider…

[Rires.] Les prophéties sont, comme vous le savez, à double tranchant. Vous devez vous en servir avec le plus grand soin. Je veux dire qu’ils peuvent ajouter de la profondeur et de l’intérêt à un livre, mais vous ne devez surtout pas être trop littéral ou trop facile… Durant la Guerre des Deux-Roses (Angleterre, XVe siècle), il y avait un Lord à qui on avait prédit qu’il mourrait sous les murs d’un certain château ; il est alors devenu superstitieux à ce genre de murs. Il ne s’est donc jamais approché de ce château. À cause de la prophétie, il est resté à des milliers de lieues de là. Toutefois, il est mort au cours de la première bataille de St Paul de Vence. Quand on a trouvé son corps, il était devant une auberge dont l’enseigne était un dessin de ce château ! [Rires.] Donc, vous voyez ? C’est comme ça que les prophéties s’accomplissent de manière inattendue. Plus on essaie d’y échapper, plus on les rend véridiques, et je m’amuse un peu avec ça.

 

Donc vous cherchez toujours à frustrer nos attentes. Je me trompe ?

Oui, ça a toujours été mon intention de jouer avec les attentes du lecteur. Avant de commencer à écrire, j’étais un lecteur passionné et je le suis toujours ; et j’ai lu beaucoup, beaucoup de livres dont l’intrigue était très prévisible. En tant que lecteur, je cherche un livre qui me donne du plaisir et me surprenne. Je ne veux pas savoir ce qui va arriver. Pour moi, c’est central dans l’art de raconter des histoires. Je veux que mes lecteurs tournent les pages avec une fièvre croissante : qu’ils aient envie de savoir ce qui arrive ensuite. Il y a pas mal de choses auxquelles on s’attend, en particulier dans la fantasy où on a le héros, l’élu, qui est toujours protégé par sa destinée. Je ne voulais pas de ça dans mes livres.

 

Tueur de personnages

Quand vous tuez un personnage et que des fans s’en plaignent, que répondez-vous ?

Parfois, je compatis. C’est dur de tuer des personnages. Ce sont mes enfants. Bien sûr, certains étaient marqués par la mort dès le départ, comme (attention, spoiler saison 1) Ned Stark. Il y a plein de livres écrits pour ceux qui recherchent le confort dans la lecture, qui veulent apprécier une histoire excitante sans que rien ne vienne les déranger ou les bouleverser. C’est excitant de voir un film avec Indiana Jones et de le regarder tuer 40 nazis, mais il y a aussi une place pour La Liste de Schindler. L’héroïsme de Schindler est plus dans mon genre que celui d’Indy – l’un est divertissant, mais l’autre est profond et dit quelque chose sur la nature humaine. Je ne sais pas si j’y parviens, mais en tout cas c’est ça que je recherche. Je pense que la fantasy après Tolkien est devenue Indiana Jones. On a imité beaucoup de thèmes de Tolkien sans en garder l’esprit. Ses livres ne sont pas tous très joyeux.

 

Si certains protagonistes n’avaient pas été tués, la saga aurait pris un tour complètement différent. Saviez-vous à l’avance ce qui allait arriver à ces personnages ? Ou bien leur mort est-elle quelque chose qui est devenue inévitable au fur et à mesure que vous écriviez ?

Je le savais presque depuis le début. Je connais les temps forts de l’histoire, qui va vivre et qui va mourir. Il y a beaucoup de détails que je découvre lors de l’écriture. Pour certains personnages secondaires, je peux l’inventer au moment où j’écris. Si un des personnages principaux va se battre accompagné de six de ses amis, je ne sais pas nécessairement ce qui va arriver à ces six amis quand je m’assois pour écrire. Mais ce qui arrive aux personnages importants, le moment de leur mort, les événements qui vont faire basculer leur vie… tout a été planifié depuis le début.

 

Faites-vous parfois un tour sur Internet, dans les forums, pour voir les prédictions que font vos fans ?

Je connais les principaux forums sur le net qui se centrent sur Le Trône de Fer, et avant j’avais l’habitude de regarder les groupes anglais et américains. Aujourd’hui, le site le plus important est Westeros – mais j’ai commencé à me sentir mal à l’aise et j’ai pensé que ce serait une meilleure idée de ne pas me rendre sur ces sites. Les fans inventent toujours des théories ; beaucoup d’entre elles sont spéculatives mais d’autres sont sur la bonne voie. Avant le net, un lecteur pouvait deviner la fin que vous désiriez pour votre roman, mais les 10 000 autres n’en savaient rien et elles étaient toujours surprises. Cependant, à présent, ces 10 000 personnes utilisent le net et elles lisent les bonnes théories. Elles disent : « Oh mon Dieu, c’est le majordome qui l’a fait ! », pour prendre l’exemple d’un roman policier. Alors, vous pensez : « Je dois changer la fin ! La jeune fille sera le criminel ! » À mon avis, cette façon de penser conduit au désastre parce que si vous faites bien votre travail, les livres sont plein d’indices qui suggèrent, qui vous aident à comprendre que c’est le majordome qui l’a fait. Si vous changez la fin pour faire de la jeune fille le coupable, ces indices n’ont plus aucun sens : ils sont faux, ou bien ce sont des mensonges – et je ne suis pas un menteur.

 

Vous savez que la fin ne satisfera pas tout le monde, n’est-ce pas?

Bien sûr, je décevrai certains de mes fans parce qu’ils imaginent des théories sur qui va prendre le trône à la fin : qui vivra, qui mourra… Ils vont jusqu’à imaginer des associations romantiques. Mais j’en ai déjà fait l’expérience avec A Feast for Crows (tome 4) et de nouveau avec A Dance with Dragons (tome 5), et, pour reprendre les mots de Rick Nelson : « Vous ne pouvez pas satisfaire tout le monde, vous devez donc vous satisfaire, vous. » J’écrirai donc les deux derniers livres comme je le peux, et je pense que la grande majorité de mes lecteurs s’en contentera. Essayer de satisfaire tout le monde est une terrible erreur. Je ne dis pas qu’on a intérêt à agacer les lecteurs, mais l’art n’est pas une démocratie et ne devrait jamais l’être. C’est mon histoire et les gens que ça agace n’ont qu’à écrire leurs propres histoires, celles qu’ils veulent lire.

 

Attention, risque de spoils dans les deux questions qui suivent, pour les non-lecteurs du tome 5.

 

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Mai 02

Finlande : le règne du sauna

En Finlande, une maison qui se respecte possède son propre sauna. Explications.


Le sauna est une pratique comportant des bains de chaleur sèche entrecoupés de bains de vapeur, de douches chaudes et froides. Ses rôles sont multiples : outre un espace d’hygiène, il constitue un lieu de relaxation, de convivialité. Bien sûr, le froid qui règne là-bas contribue à expliquer cet engouement (on peut atteindre -30°C en hiver)  : pendant un moment, même bref, on connaît la plénitude de la chaleur. Enfin, l’abondance du bois permet cette profusion d’aménagements (les forêts recouvrent 68% du territoire).

Depuis plusieurs siècles, le sauna est devenu un élément culturel à part entière en Finlande. On compte entre 1,6 et 2 millions de saunas dans le pays, pour 5 millions d’habitants – soit une moyenne d’un sauna par foyer. Selon le site A-sauna.com, en 2005, 1,2 millions d’entre eux se trouvent dans des habitations privées ; les autres sont situés dans des lieux publics tels que les piscines.

Dans un sauna, hommes et femmes sont souvent séparés. Mais il arrive aussi qu’ils soient mixtes. D’autres facteurs entrent en jeu, bien sûr : l’âge, par exemple, détermine parfois avec qui on partage le sauna.

Si l’on est invité dans une maison finnoise, l’hôte peut nous proposer un sauna. Même chose après une réunion d’affaires ou des négociations. Il paraît que si cela arrive, c’est bon signe… Il ne serait donc pas particulièrement judicieux de refuser.

La diversité des types de saunas montre aussi combien cette pratique accompagne les habitants au quotidien : le sauna enterré, le sauna à fumée, le sauna électrique, ou même le sauna mobile… Bref, le sauna, là-bas, c’est comme le thé chez les Anglais : c’est une culture nationale (désolé pour le cliché, c’était trop tentant).

Et, tant qu’on y est, rappelons la nuance entre les adjectifs « finnois » et « finlandais » : « finlandais » s’utilise pour la Finlande (le pays), tandis que « finnois » s’applique à ses habitants, et à la langue.

 

Pour en savoir plus:

http://www.visitfinland.com/fr/

(en anglais) :

http://www.sauna.fi/in-english/sauna-information/sauna-in-finland/sauna-in-finland-today/

http://www.a-sauna.com/finnish-sauna.php

https://en.wikipedia.org/wiki/Finnish_sauna

http://fr.wikipedia.org/wiki/Sauna

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