Juil 25

Comment créer un monde ?

Asimov, Tolkien, George R.R. Martin… Des centaines d’auteurs ont créé un univers plus ou moins étendu – ou plusieurs, pour certains. Comment s’y prennent-ils ? Y a-t-il une « recette » ?


1)    Planter le décor : par exemple dans une galaxie (parfois très lointaine, façon Star Wars, d’autres fois c’est la nôtre dans quelques siècles, comme dans Fondation). Faire une géographie plus précise, par exemple : distinguer le centre de la galaxie/de l’Empire (Fondation), les confins de celle-ci…

Voici des exemples de cartes !

  • La Terre du Milieu de Tolkien :
La Terre du Milieu

http://lesfuretsdugondor.info/mieux-connaitre-tolkien-terre-du-milieu/

  • Le royaume de Westeros créé par George R.R. Martin – et le continent Essos à l’est (carte non officielle) :
Les continents de Westeros et d'Essos d'après George R.R. Martin

http://www.comicvine.com/forums/off-topic-5/world-of-westeros-1453266/

  • Les Six Duchés de Robin Hobb :
Les Six-Duchés d'après la saga de L'Assassin Royal de Robin Hobb

http://six-duches.forumactif.org/t10-les-six-duches-a-completer

  • La planète Arrakis, également appelée Dune (Frank Herbert) :
Arrakis (Dune) d'après Frank Herbert

http://sophyanempire.wordpress.com/2013/02/07/dune-frank-herbert-gollancz-1966-nel-1978-macmillan-audio-2007-narrator-simon-vance-and-full-cast/

  • Le monde de Narnia :
Le monde de Narnia

http://www.narniaweb.com/2005/05/brand-new-narnia-map-available/

Sans oublier, bien sûr, les cartes des jeux vidéos : le royaume de Wesnoth, le monde de Final Fantasy, la planète de Sid Meier’s Alpha Centaury… La carte est presque un incontournable en fantasy, voire en science-fiction. Mais rien n’empêche de vouloir faire autrement. Pour une ambiance plus mystérieuse, on peut justement rechercher l’imprécision.

 

2)    Prendre des éléments bien connus de notre monde et les mélanger à votre sauce. Des exemples tirés du recueil de nouvelles Les Rois des sables de George R.R. Martin :

– Reprise de l’Inquisition… mais à l’échelle interplanétaire et en créant la secte des Menteurs (« Par la croix et le dragon ») ;

– S’inspirer des insectes et leur prodigieuse intelligence collective… sauf qu’ici, ce ne sont pas des insectes, mais des créatures extraterrestres… bien plus dangereuses (« Les Rois des sables »).

Cependant, il faut que ce monde soit crédible et singulier, jusque dans la vie quotidienne.

 

3)    La science. Où s’arrête la science ? où commence la magie ? La magie des uns est la science des autres, suivant l’évolution technologique de chacun… et selon le genre auquel appartient l’histoire.

Dans un récit de SF, on peut reprendre des phénomènes scientifiques : un soleil qui s’éteint, une déformation spatio-temporelle, de longues saisons… Tandis qu’en fantasy, c’est… juste de la fantasy.

 

4)    On peut créer plusieurs romans/nouvelles qui se passent dans le même monde : ces textes se complètent et, ensemble, parviennent à créer un univers : Isaac Asimov, J.R.R. Tolkien, George R.R. Martin.

 

5)    Créer un arrière-plan mythologique, comme Tolkien (transmis à travers des chansons ou des livres). Donner une profondeur historique… toujours comme Tolkien.

 

6)    Un monde qui ne soit pas uniforme. Qu’il soit constitué d’un ensemble de royaumes, de pays, de gouvernements… Chacun a sa propre culture, voire sa propre religion. On peut même imaginer des sous-cultures : chez Martin, Westeros se sous-divise en sept territoires : Dorne, le Nord, etc.

 

7)    À mondes variés, personnages variés. Il ne faut pas faire mentir l’adage selon lequel « il faut de tout pour faire un monde » : des sages, des pervers, des géants, des nains, etc. On peut imaginer de grandes familles, chacune avec sa propre mentalité : les Stark un peu benêts, les Tully psychorigides, les Lannister égocentriques, les Tyrell arrivistes, les Targaryen impulsifs et les Greyjoy quelque peu agressifs…

 

8)    Imaginer des races qui soient différentes – humanoïdes ou pas : et ne pas oublier qu’à physique différent, perceptions différentes. Ces peuples peuvent être mélangés ou vivre chacun sur son propre territoire.

 

9)    Créer un langage : des mots pour des objets et des outils ; de l’argot, des jurons et des expressions originales ; des maximes (Le Trône de Fer en regorge : Dark wings, dark words)…

 

Prendre au moins quatre ou cinq de ces ingrédients, mélanger activement le tout et laisser reposer. C’est prêt !

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Juil 18

Art postmoderne

L’ouest. L’océan. Oui, là je serai bien. Loin de toi, société – loin de toi qui as perdu les pédales.

La Terre, année 2060. Les artistes néo-nazis sont à la mode. Le plus reconnu est incontestablement Sir Henry K.C. Lavilla. Ses redoutés Material Hunters – chasseurs de matériaux – parcourent le monde à la recherche de tout ce qui pourrait alimenter ses œuvres sordides : fourre-tout de masques à gaz, de peaux de bêtes, de cadavres de scarabées, de détritus portant encore la puanteur des poubelles d’où ils ont été tirés… Ses créations ont un succès dingue. Ce ne sont pas des sculptures. Ce sont de véritables montages à grande échelle, symboles de la folie d’une société qui se les arrache. Ces monstres de débris industriels et humains ont fait de lui l’un des mille hommes les plus influents de la planète, selon le World People Paper. Mais Sir Henry peut aussi compter sur le mécénat du gouvernement européen.

La plus célèbre de ses créations est le fascinant Cube – surnommée « l’Ode à l’Apocalypse » par la critique enthousiaste. On dirait plus une caisse qu’un cube, en fait ; un pavé troué assemblant les objets les plus improbables, les plus dérangeants. Un ignoble amas de ferraille et de bois, de tuyaux et de pots de confiture terreux. Sur le côté, un ventilateur souffle constamment une brise nauséabonde, soulevant la toile plastifiée et fait trembler le renard dépecé dont il ne reste plus que la maigre fourrure. Et le fond musical – fusion entre la fureur d’une bataille et les tourments d’une tempête – ça aussi, ça fait partie de l’œuvre. J’étais là.

J’étais là, et j’ai contemplé la création terrestre la plus commentée, la plus admirée ces trente dernières années. Elle se trouve au beau milieu du palais du Louvre, sous la pyramide en verre – aucun autre espace n’était digne de sa démesure. Des dizaines de millions de personnes s’en sont approchées – contenues par des militaires arborant leurs mitraillettes Famas impeccables, brillantes sous la lumière.

J’étais là. J’étais parmi eux. J’étais au milieu des touristes au souffle suspendu. Devant ce monstre d’œuvre, j’ai vu la déchéance de l’humanité. J’ai vu les jeunes crier, j’ai vu les larmes des vieux qui se rappelaient. Le beau de Baudelaire, « toujours bizarre » ? Nous avons depuis longtemps dépassé ce concept. Aujourd’hui, le laid est beau. Aujourd’hui, l’horreur fascine. Déjà, au début du siècle, les tueurs au cerveau torturé étaient devenus le symbole d’une société névrosée. À présent, nous acceptons le mal tapi en chacun de nous. Nous le cultivons. Il fleurit. Il nous envahit. Il nous étouffe.

Aujourd’hui, la mort est devenue un spectacle. Oui, rien de plus captivant que de voir un meurtrier quelconque électrocuté, à petit feu, devant une foule compacte et muette sur la place des Champs-Élysées. Certains prétendent que le Cube comporte des morceaux de la chaise qui a tué Saïmon Erdjali, le politicien qui s’est opposé au régime états-unien par un appel aux manifestations – mais qui s’attaque à nos alliés les Américains s’en prend à l’Ordre.

D’après un article paru dans Le Monde, le Cube comporte même un os humain – le cubitus d’une fillette rwandaise retrouvée dans une fosse commune. Le Cube contient un souvenir de tous les conflits de la dernière décennie. L’esthétique de l’innommable. Il a accompli le rêve de tout artiste – le cumul des cauchemars d’autrui.

J’étais là. Je n’y suis plus. Ce monde abject n’a plus de place pour l’innocence. L’innocence, ici, on la déteste : c’est l’hypocrisie, c’est le mensonge – le vice méprisé par la communauté occidentale. L’innocence n’existe pas, nous assène-t-on, c’est une connerie véhiculée par le christianisme et les civilisations inférieures qui nous ont précédés. Non, pour être bien dans sa peau, il faut assumer ce que l’on est. Des bêtes. Les psychopathes sont encore punis, bien sûr, mais uniquement parce que les autorités ont besoin de quelqu’un à placer sur la chaise électrique. Divertir les foules. Les exécutions publiques, l’attraction en vogue.

Il est temps que je m’efface de la planète. Vers l’ouest. L’apocalypse se poursuit de jour en jour. Je n’en peux plus. L’océan. Oui, faire disparaître mon corps dans l’Atlantique, encore préservé de la folie des hommes…

 

Inspiration :
« Apocalypse new », Le Cube, 13-27 février 2014, par Lucas Cresson, Simon Espanol, Ulysse Navarro, Hélène Tripier-Mondancin. Performance et installation plastique, 2013-2014, matériaux de récupération, bois, plastique, grillage, pièces de fer, bocaux, éléments végétaux et animaux, tissu, aluminium, bidon d’huile et d’essence. Bunker environ 3 x 2 x 2 m.

www.univ-tlse2.fr/ medias/ fichier/ plan-des-espaces-autres_1393023807863-pdf

 

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Juil 11

Le monde en statistiques

Un lien vraiment intéressant pour avoir des statistiques sur un pays qui vous intéresse, voire le comparer avec un autre (en anglais, comme la plupart des sites intéressants) :

http://www.worldvaluessurvey.org/WVSOnline.jsp

Saviez-vous, par exemple, que les amis sont considérés plus importants en France qu’au Mexique ?

=> Amitié

Que les Français sont plus croyants que les Espagnols, mais moins que les États-Uniens ?

=> Religion

Que les Espagnols considèrent la prostitution plus justifiable que ne le font les Français et les Sud-Africains ?

=> Prostitution

Vous trouverez des chiffres sur tout ! À défaut de vous être utile, cela vous fera amusera un bon coup…

 

 

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Juil 04

De Capes et de Crocs : flagrant délire d’aventures

Humour, aventures, références littéraires, langage châtié jusqu’à la parodie… Une BD délirante qui dépoussière le roman de cape et d’épée.


 

 

De Cape et de Crocs est une série BD en dix volumes, crée par Ayroles et Masbou, qui se déroule au XVIIe siècle. Les héros sont un loup andalou – Don Lope de Villalobos y Sangrin – un renard français – Messire Armand Raynal de Maupertuis – tous deux gentilshommes… Et un mignon, mystérieux petit lapin blanc : Eusèbe.

Quoi ? Mais de qui on se fiche ? Oui, dans De Cape et de Crocs, les animaux qui parlent se mêlent aux humains. Et ça n’étonne personne. On est à mi-chemin entre les Trois Mousquetaires et le Robin des Bois de Disney. L’intérêt ? Un univers singulier dès les premières pages, et une source d’humour considérable. Le fait que le lapin porte malheur sur un navire promet bien des surprises…

Voici neuf raisons de lire De Cape et de Crocs. Au moins.

1)    Des références littéraires infinies. En particulier, les comédies de Molière et Cyrano de Bergerac (le personnage mais aussi l’auteur) sont au goût du jour. Sans oublier, en vrac, le théâtre classique, La Fontaine, Moby Dick et de multiples références que l’on découvre au fil des pages. Il est mathématiquement impossible de toutes les trouver à la première lecture… ni même à la seconde d’ailleurs.

2)    Une BD-monde. Ou même une BD-univers. De Venise à la Lune, en passant par l’île au trésor et les voyages intergalactiques, De Cape et de Crocs rengorge de pirates, Maures, bohémiennes, mercenaires, complots, indigènes, et j’en passe. Le tout en se moquant allègrement du cliché ou des schémas traditionnels.

3)    Des dessins truffés d’humour. Souvent l’arrière-plan est plein de surprises, en décalage avec le dialogue. Je garde un excellent souvenir de la fin du « perroquet » du capitaine Boone. À la première lecture, j’étais tellement préoccupé de la situation des personnages principaux que je n’ai pas remarqué la demi-douzaine – au moins – de vignettes qui décrivent en arrière-plan ce qui arrive au malheureux volatile… Mais je n’en dirai pas plus.

4)    Des dialogues savoureux. D’abord, ils sont drôles. Infiniment drôles. Et puis, l’alexandrin y est roi. Mais attention, pas l’alexandrin lourd et pesant de certaines tragédies classiques – non, ici on ne se rend parfois même pas compte qu’il s’agit d’un alexandrin. La musicalité qui rejoint la cocasserie, franchement, vous demandez quoi d’autre ? Un scénario. D’accord, on y vient.

5)    Des figures de style. Oui, cette BD vous fera enfin aimer les figures de style : contrepèteries, métaphores, solecismes, litotes… Vos cauchemars en deviennent hilarants.

6)    Des aventures abracadabrantes. Ou comment, de la Venise du XVIe siècle, se retrouver sur la face cachée de la Lune. Et les personnages qui essaient d’expliquer ça scientifiquement avec le jargon de l’époque… Inénarrable. L’absurdité devient le style même de cette saga.

7)    Un suspense haletant. On peut se moquer du scénario, mais, du fait même de son absurdité, on se rend compte que tout peut arriver. Les rebondissements sont nombreux, parfois touchants, souvent loufoques.

8)    Un décalage de ton. Décalage entre les dialogues et l’image. Des péripéties qui auraient pu être angoissantes dans d’autres contextes sont ici comiques… Bien que les derniers épisodes soient plus sombres, plus mélancoliques.

9)    Une couverture originale. Parce que, même sur la forme, De Cape et de Crocs s’éloigne de la BD traditionnelle. Les 2e et 3e de couverture ne sont jamais les mêmes. Plan de la Lune, de l’île, prologue, épilogue ou transition du volume, ils ont leur importance.

Le genre de BD que l’on ne se lasse pas de redécouvrir à chaque lecture. Le jour où l’on étudiera la BD au lycée, cette saga doit être au programme.

 

Et bientôt sortira même un diptyque des aventures d’Eusèbe, le lapin blanc…

 

Pour en savoir plus : le site alimenté par les fans de la saga (http://www.decape.askell.com/) !

 

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