Juil 25

Comment créer un monde ?

Asimov, Tolkien, George R.R. Martin… Des centaines d’auteurs ont créé un univers plus ou moins étendu – ou plusieurs, pour certains. Comment s’y prennent-ils ? Y a-t-il une « recette » ?


1)    Planter le décor : par exemple dans une galaxie (parfois très lointaine, façon Star Wars, d’autres fois c’est la nôtre dans quelques siècles, comme dans Fondation). Faire une géographie plus précise, par exemple : distinguer le centre de la galaxie/de l’Empire (Fondation), les confins de celle-ci…

Voici des exemples de cartes !

  • La Terre du Milieu de Tolkien :
La Terre du Milieu

http://lesfuretsdugondor.info/mieux-connaitre-tolkien-terre-du-milieu/

  • Le royaume de Westeros créé par George R.R. Martin – et le continent Essos à l’est (carte non officielle) :
Les continents de Westeros et d'Essos d'après George R.R. Martin

http://www.comicvine.com/forums/off-topic-5/world-of-westeros-1453266/

  • Les Six Duchés de Robin Hobb :
Les Six-Duchés d'après la saga de L'Assassin Royal de Robin Hobb

http://six-duches.forumactif.org/t10-les-six-duches-a-completer

  • La planète Arrakis, également appelée Dune (Frank Herbert) :
Arrakis (Dune) d'après Frank Herbert

http://sophyanempire.wordpress.com/2013/02/07/dune-frank-herbert-gollancz-1966-nel-1978-macmillan-audio-2007-narrator-simon-vance-and-full-cast/

  • Le monde de Narnia :
Le monde de Narnia

http://www.narniaweb.com/2005/05/brand-new-narnia-map-available/

Sans oublier, bien sûr, les cartes des jeux vidéos : le royaume de Wesnoth, le monde de Final Fantasy, la planète de Sid Meier’s Alpha Centaury… La carte est presque un incontournable en fantasy, voire en science-fiction. Mais rien n’empêche de vouloir faire autrement. Pour une ambiance plus mystérieuse, on peut justement rechercher l’imprécision.

 

2)    Prendre des éléments bien connus de notre monde et les mélanger à votre sauce. Des exemples tirés du recueil de nouvelles Les Rois des sables de George R.R. Martin :

– Reprise de l’Inquisition… mais à l’échelle interplanétaire et en créant la secte des Menteurs (« Par la croix et le dragon ») ;

– S’inspirer des insectes et leur prodigieuse intelligence collective… sauf qu’ici, ce ne sont pas des insectes, mais des créatures extraterrestres… bien plus dangereuses (« Les Rois des sables »).

Cependant, il faut que ce monde soit crédible et singulier, jusque dans la vie quotidienne.

 

3)    La science. Où s’arrête la science ? où commence la magie ? La magie des uns est la science des autres, suivant l’évolution technologique de chacun… et selon le genre auquel appartient l’histoire.

Dans un récit de SF, on peut reprendre des phénomènes scientifiques : un soleil qui s’éteint, une déformation spatio-temporelle, de longues saisons… Tandis qu’en fantasy, c’est… juste de la fantasy.

 

4)    On peut créer plusieurs romans/nouvelles qui se passent dans le même monde : ces textes se complètent et, ensemble, parviennent à créer un univers : Isaac Asimov, J.R.R. Tolkien, George R.R. Martin.

 

5)    Créer un arrière-plan mythologique, comme Tolkien (transmis à travers des chansons ou des livres). Donner une profondeur historique… toujours comme Tolkien.

 

6)    Un monde qui ne soit pas uniforme. Qu’il soit constitué d’un ensemble de royaumes, de pays, de gouvernements… Chacun a sa propre culture, voire sa propre religion. On peut même imaginer des sous-cultures : chez Martin, Westeros se sous-divise en sept territoires : Dorne, le Nord, etc.

 

7)    À mondes variés, personnages variés. Il ne faut pas faire mentir l’adage selon lequel « il faut de tout pour faire un monde » : des sages, des pervers, des géants, des nains, etc. On peut imaginer de grandes familles, chacune avec sa propre mentalité : les Stark un peu benêts, les Tully psychorigides, les Lannister égocentriques, les Tyrell arrivistes, les Targaryen impulsifs et les Greyjoy quelque peu agressifs…

 

8)    Imaginer des races qui soient différentes – humanoïdes ou pas : et ne pas oublier qu’à physique différent, perceptions différentes. Ces peuples peuvent être mélangés ou vivre chacun sur son propre territoire.

 

9)    Créer un langage : des mots pour des objets et des outils ; de l’argot, des jurons et des expressions originales ; des maximes (Le Trône de Fer en regorge : Dark wings, dark words)…

 

Prendre au moins quatre ou cinq de ces ingrédients, mélanger activement le tout et laisser reposer. C’est prêt !

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Juil 04

De Capes et de Crocs : flagrant délire d’aventures

Humour, aventures, références littéraires, langage châtié jusqu’à la parodie… Une BD délirante qui dépoussière le roman de cape et d’épée.


 

 

De Cape et de Crocs est une série BD en dix volumes, crée par Ayroles et Masbou, qui se déroule au XVIIe siècle. Les héros sont un loup andalou – Don Lope de Villalobos y Sangrin – un renard français – Messire Armand Raynal de Maupertuis – tous deux gentilshommes… Et un mignon, mystérieux petit lapin blanc : Eusèbe.

Quoi ? Mais de qui on se fiche ? Oui, dans De Cape et de Crocs, les animaux qui parlent se mêlent aux humains. Et ça n’étonne personne. On est à mi-chemin entre les Trois Mousquetaires et le Robin des Bois de Disney. L’intérêt ? Un univers singulier dès les premières pages, et une source d’humour considérable. Le fait que le lapin porte malheur sur un navire promet bien des surprises…

Voici neuf raisons de lire De Cape et de Crocs. Au moins.

1)    Des références littéraires infinies. En particulier, les comédies de Molière et Cyrano de Bergerac (le personnage mais aussi l’auteur) sont au goût du jour. Sans oublier, en vrac, le théâtre classique, La Fontaine, Moby Dick et de multiples références que l’on découvre au fil des pages. Il est mathématiquement impossible de toutes les trouver à la première lecture… ni même à la seconde d’ailleurs.

2)    Une BD-monde. Ou même une BD-univers. De Venise à la Lune, en passant par l’île au trésor et les voyages intergalactiques, De Cape et de Crocs rengorge de pirates, Maures, bohémiennes, mercenaires, complots, indigènes, et j’en passe. Le tout en se moquant allègrement du cliché ou des schémas traditionnels.

3)    Des dessins truffés d’humour. Souvent l’arrière-plan est plein de surprises, en décalage avec le dialogue. Je garde un excellent souvenir de la fin du « perroquet » du capitaine Boone. À la première lecture, j’étais tellement préoccupé de la situation des personnages principaux que je n’ai pas remarqué la demi-douzaine – au moins – de vignettes qui décrivent en arrière-plan ce qui arrive au malheureux volatile… Mais je n’en dirai pas plus.

4)    Des dialogues savoureux. D’abord, ils sont drôles. Infiniment drôles. Et puis, l’alexandrin y est roi. Mais attention, pas l’alexandrin lourd et pesant de certaines tragédies classiques – non, ici on ne se rend parfois même pas compte qu’il s’agit d’un alexandrin. La musicalité qui rejoint la cocasserie, franchement, vous demandez quoi d’autre ? Un scénario. D’accord, on y vient.

5)    Des figures de style. Oui, cette BD vous fera enfin aimer les figures de style : contrepèteries, métaphores, solecismes, litotes… Vos cauchemars en deviennent hilarants.

6)    Des aventures abracadabrantes. Ou comment, de la Venise du XVIe siècle, se retrouver sur la face cachée de la Lune. Et les personnages qui essaient d’expliquer ça scientifiquement avec le jargon de l’époque… Inénarrable. L’absurdité devient le style même de cette saga.

7)    Un suspense haletant. On peut se moquer du scénario, mais, du fait même de son absurdité, on se rend compte que tout peut arriver. Les rebondissements sont nombreux, parfois touchants, souvent loufoques.

8)    Un décalage de ton. Décalage entre les dialogues et l’image. Des péripéties qui auraient pu être angoissantes dans d’autres contextes sont ici comiques… Bien que les derniers épisodes soient plus sombres, plus mélancoliques.

9)    Une couverture originale. Parce que, même sur la forme, De Cape et de Crocs s’éloigne de la BD traditionnelle. Les 2e et 3e de couverture ne sont jamais les mêmes. Plan de la Lune, de l’île, prologue, épilogue ou transition du volume, ils ont leur importance.

Le genre de BD que l’on ne se lasse pas de redécouvrir à chaque lecture. Le jour où l’on étudiera la BD au lycée, cette saga doit être au programme.

 

Et bientôt sortira même un diptyque des aventures d’Eusèbe, le lapin blanc…

 

Pour en savoir plus : le site alimenté par les fans de la saga (http://www.decape.askell.com/) !

 

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Juin 13

Carte interactive de Westeros !

Un site impressionnant, pour découvrir le monde de Game of Thrones !

=> http://quartermaester.info/

Vous pouvez même découvrir les parcours des différents personnages au fil des romans ou des épisodes (attention aux fausses manip’, le risque d’auto-spoil est réel).

Quelques erreurs se sont glissées (le parcours de Littlefinger dans la série) et la carte n’est pas officielle (George R.R. Martin n’a pas encore publié une carte entière de son monde, à ma connaissance). Le site perturbera peut-être votre navigateur (Mozilla Firefox, c’est toi que je vise). Mais cela reste magique.

Pour tous ceux qui ne savent plus qui est où dans la série !

 

 

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Mai 30

Le Trône de Fer : l’élaboration d’un monde

dernière compilation d’interviews de George R.R. Martin, voici quelques questions à propos de l’univers qu’il a réussi à créer – géographie, éléments culturels…


 

  • Une géographie inspirée

C’est peut-être une question idiote, mais… Quand vous pensez au monde que vous avez créé, ce monde où les saisons durent des années entières, où est-ce ? S’agit-il d’une autre planète ?

C’est ce que Tolkien appelait « le monde secondaire ». Ce n’est pas une autre planète. C’est la Terre. Mais ce n’est pas notre Terre. Vous pourriez la qualifier de monde alternatif, mais ça sonne trop « science-fiction ». Tolkien a vraiment ouvert la voie avec la Terre du Milieu. Il a vaguement expliqué qu’il s’agissait de notre passé, mais ça ne tient pas vraiment la route. J’ai tout le temps des gens qui m’écrivent avec des théories SF sur les saisons – « C’est un système extrasolaire avec des étoiles doubles, dont une naine noire, ce qui expliquerait… » C’est de la fantasy, mon gars ; c’est magique, c’est tout.

 

Valyria est un endroit que l’on ne voit jamais dans les livres mais dont la présence se ressent fortement. Je l’ai toujours associé avec l’Empire romain mais quand vous décrivez le fléau de Valyria avec la mer bouillonnante et les tsunamis géants, cela rappelle notre propre légende de l’Atlantide. Je suis sur la bonne piste avec ces comparaisons ?

Oui. Encore une fois j’ai mélangé et associé plusieurs idées. Certains éléments de Valyria rappellent la Rome antique. Cet empire a dominé le monde pendant des siècles. Contrairement à Rome, sa domination était en partie due à la magie et les dragons mais également grâce à la force de ses armées. La chute de l’Empire romain a été un processus lent qui a duré plusieurs siècles alors que pour Valyria, cela s’est passé en une nuit. En ce sens oui, cela ressemble plus aux légendes de l’Atlantide.

Une des influences du fléau de Valyria vient d’une histoire vraie en Nouvelle-Zélande – l’éruption volcanique qui a détruit les Pink and White Terraces. C’était une formation géologique considérée comme l’une des sept merveilles du monde durant l’époque victorienne. Les gens venaient du monde entier pour voir ces merveilleuses terrasses de calcaire d’où coulaient des rivières d’eau chaude volcanique. Il y avait une série de bassins naturels dans les niveaux inférieurs et l’eau se refroidissait à mesure qu’elle coulait d’un bassin à l’autre. Tout en haut, l’eau était brûlante mais en bas, elle était juste chaude.

C’était un lieu magnifique mais volcanique. Un jour, tout a explosé – la zone entière s’est soulevée. Heureusement, l’endroit n’était pas vraiment habitable. Il n’y a donc pas eu de victimes lors de la catastrophe. Mais ces deux merveilles, le lac qui les entourait et une autre grande zone ont disparu du jour au lendemain. La dernière fois que j’étais en Nouvelle-Zélande, nous étions à Rotura où il y a un musée qui contient une pièce qui parle uniquement de ces terrasses et leur destruction.

Un autre événement similaire a été l’explosion du Vésuve qui a détruit Pompéi et Herculanum. Et le Krakatoa, une autre explosion gigantesque. J’ai mélangé toutes ces choses et suis arrivé à Valyria – la magie en plus.

 

Vous avez expliqué une fois que le mur d’Hadrien avait été votre inspiration pour le Mur de Westeros. Comment la visite du mur d’Hadrien a-t-elle amené à l’idée de la Garde de nuit ?

J’ai vu le mur d’Hadrien pour la première fois en 1981. […] Il n’y avait personne autour. J’ai regardé vers le Nord alors que le crépuscule s’installait et j’ai essayé de m’imaginer ce que ça faisait d’être un Romain stationné là quand le mur était une vraie protection, quand c’était la fin de l’Empire romain et que vous ne saviez pas vraiment ce qui pouvait arriver de ces collines ou des bois un peu plus loin. Les Romains ont fait venir des hommes de l’ensemble de leur gigantesque empire, vous pouviez donc être originaire d’Afrique, de Syrie ou d’Égypte et être assigné à cet avant-poste. Quel étrange monde cela devait être pour vous.

Ça a été une expérience importante qui m’est restée. Ce n’est qu’une décennie plus tard que j’ai commencé Le Trône de fer. J’avais toujours en tête cette vision et je me disais « Je veux écrire une histoire sur des gens gardant la fin du monde. »

Bien sûr, la fantasy est plus grande, plus colorée qu’un mur de trois mètres de hauteur. Il n’allait donc pas convenir. Mon mur fait deux cents mètres de haut et est fait de glace. Et ce qui vient du Nord est un peu plus terrifiant que des Écossais ou des Pictes, ces hommes dont les Romains se méfiaient.

 

Après avoir entendu parler de Dorne dans les premiers livres, on visite enfin cette région dans le quatrième livre, A Feast for Crows. Elle me rappelle le Pays de Galles mais on y retrouve aussi des traces d’Espagne et de Moyen-Orient. Vous semblez emprunter librement à plusieurs cultures.

Oui. Vous pouvez faire une transposition exacte du monde réel dans un univers de fantasy mais, dans ce cas, vous pouvez tout aussi bien écrire un roman historique. Quel est l’intérêt d’utiliser un personnage qui est exactement comme Henry VIII ? Si vous voulez faire ça, il suffit d’écrire sur Henry VIII. C’est bien plus intéressant de prendre certains éléments de ce roi, d’autres d’Edward IV et peut-être des choses ici et là, de les mélanger et d’utiliser son imagination pour créer son propre personnage – quelqu’un qui est vraiment lui-même et non pas la copie d’un personnage historique. C’est la même chose pour les batailles. L’Histoire est pleine d’événements fabuleux et de détails que vous pouvez lire dans des livres. Ma femme est toujours plongée dans des livres d’histoire, à dire que l’on ne peut pas inventer ce qu’on y trouve. Ces romans historiques sont une vraie mine d’or pour tout écrivain de fantasy.

 

  • De l’Histoire au monde d’aujourd’hui

[…] Vos livres sont parfois décrits comme « de la fantasy pour ceux qui n’aiment pas vraiment la fantasy ». Je pense que le premier en particulier [A Game of Thrones] se lit surtout comme un roman historique, la magie n’apparaissant qu’à la frange. Les éléments surnaturels deviennent plus importants dans les romans suivants, mais l’histoire garde quand même ce côté historique. Voyez-vous la fantasy et le roman historique comme les deux faces d’une même pièce ?

Oui, ce sont au minimum de faux jumeaux. Ils possèdent les mêmes attraits pour le lecteur. Ils offrent les mêmes plaisirs – vous amener en dehors de la société dans un monde imaginaire ou une autre époque historique où la vie, la culture et la société étaient différentes. Les deux offrent au lecteur l’opportunité d’expérimenter un monde différent. Pour moi, ils ont beaucoup en commun.

 

Vous avez écrit le script de l’événement majeur de cette deuxième saison, la bataille de la Néra. L’un de mes passages favoris dans cette bataille est le piège tendu par Tyrion, l’immense chaîne sous-marine utilisée dans la rivière. Cela rappelle une tactique similaire employée dans la bataille de Constantinople il y a des siècles…

Cela fait partie de mes sources d’inspiration. Ces chaînes ont été utilisées un grand nombre de fois dans l’histoire et les batailles pour des buts très variés. Bien sûr, on peut les utiliser de différentes manières. Vous pouvez les lever assez tôt pour fermer le port – ou la rivière dans notre cas – pour empêcher les navires de rentrer. Mais ce n’était pas le plan de Tyrion. (Petit spoiler de cet épisode) Ce qu’il voulait faire, c’était d’attirer le maximum de la flotte de Stannis et lever la chaîne derrière elle pour que les navires ne puissent faire demi-tour quand il lâche le feu grégeois sur eux.

Le feu grégeois de la série est une version magique du feu grégeois antique – pour revenir à la référence de Constantinople. Et, une fois de plus, la fantasy a tendance à exagérer les choses. Donc la puissance de ce feu est multipliée par 10. C’est vraiment une chose affreuse, ça brûle avec des flammes vertes, ce qui est un effet pyrotechnique sympa.

 

Est-ce que Le Trône de Fer est un parallèle, ou une critique, de notre société?

Non. Mon travail n’est pas une allégorie de notre époque. Si je voulais écrire sur la crise financière ou le conflit syrien, j’écrirais sur la crise financière ou le conflit syrien, sans métaphore. Cependant, il est vrai que plusieurs thèmes apparaissent dans mes romans aussi bien que dans l’histoire du monde. Des choses comme le pouvoir, le sexe, la douleur… J’ai grandi en lecteur de science-fiction, et c’était mon premier amour, avant même la fantasy. Mais la science-fiction présentait alors un monde idéaliste : l’espace, un futur radieux… Malheureusement cet optimisme a disparu très vite, le futur n’étant pas aussi bon qu’on ne l’espérait. Aujourd’hui, la science-fiction est très pessimiste et s’intéresse aux dystopies : un monde pollué, un monde pourrissant… Bien sûr, je préfèrerais appartenir à un autre monde, un monde meilleur, mais je ne peux pas. Peut-être que l’hiver n’approche pas seulement de Winterfell, mais aussi dans le monde réel.

 

Sources :

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Mai 17

Rome : retour sur une série terminée trop tôt

Petite pause au milieu des extraits d’interviews de George R.R. Martin. La série à succès Rome (2005-2007) a su faire du neuf avec de l’antique. Produite par la BBC et HBO, elle reste un exemple dans la technique des séries historiques. Elle a hélas été amputée de trois saisons sur cinq pour des raisons de budget.


Image crieur public par Tom Lee KelSo (saison 2 épisode 1)  https://www.flickr.com/photos/leekelso/369803848/sizes/o/in/photostream/

Le crieur public de la série (photo Tom Lee KelSo – saison 2, épisode 1).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Rome, c’est l’histoire des troubles et crises politiques au sein de la ville aux Sept Collines. Contexte : en 52 av. J.-C., la République touche à sa fin. Jules César vient de mater une rébellion en Gaule, mais, dans le même temps, son alliance avec Pompée s’effrite. De provocations en provocations, la tension monte entre les deux proconsuls… et conduit à la guerre civile.

C’est, à mon avis, la période romaine la plus fascinante. Jules César, de sa guerre des Gaules à son assassinat, Brutus, Cicéron, ou encore Cléopâtre et Marc-Antoine… Tous ces noms sont célèbres. Le défi était de maintenir l’attention du spectateur, alors que celui-ci connaît déjà bon nombre de faits et de personnages. C’est la difficulté de Rome comparé au Trône de Fer, ou à d’autres sagas qui se dérouleraient dans un monde imaginé de toutes pièces : aucune contrainte de véracité historique, donc facile – en théorie – de surprendre lecteur ou spectateur. La République romaine, c’est autre chose. Tout le monde sait que Jules César va mourir au Sénat, poignardé notamment par son fils adoptif Brutus. La plupart n’ignore pas non plus que Cléopâtre et Marc-Antoine finissent mal. Shakespeare et son Jules César, Pierre Corneille et La Mort de Pompée, Astérix et de nombreux péplums sont déjà passés par là.

Rome est donc un pari risqué, au moins du point de vue du scénario – sans parler de l’investissement financier (plus de deux cents millions de dollars) et le souci de la vraisemblance historique.

Le résultat ? Ça marche !

Voici quelques-uns des secrets de cette réussite.

 

Rester fidèle à l’esprit de l’époque, pas aux faits

Les réalisateurs ont cherché à recréer l’ambiance de cette période. Alliances, complots, trahisons, liaisons dangereuses… En clair, le cocktail sexe-violence-politique qui a fait ses preuves ces dernières années (Game of Thrones, Black Sails…). Il faut dire que ces trois ingrédients sont nécessaires pour expliquer l’une des périodes les plus troublées de l’Antiquité.

Au fond, qu’importe si le rythme s’accélère par rapport à la réalité ; si certains événements sont oubliés ou adaptés pour les besoins du scénario ? Après tout, en se permettant quelques déviations, la série gagne en surprises. Au contraire, une fidélité extrême aurait conduit à un scénario trop prévisible.

Rome, c’est aussi le souci de recréer une époque, son quotidien. Il n’y a qu’à voir les décors et les costumes pour s’en assurer. Des quartiers populaires très crédibles, les citoyens qui y travaillent, les esclaves, la religion et même les graffitis ! Par choix artistique ou contrainte budgétaire – vraisemblablement les deux – Rome met à l’honneur les huis-clos, les espaces modestes. Tout le contraire des péplums hollywoodiens à gros budget qui mettent en place des décors certes somptueux, mais qui tiennent finalement plus du fantasme que de la vérité. De fait, les décors de Rome réussissent bien mieux à nous plonger dans l’époque romaine.

 

De nouveaux personnages

Comme on sait déjà plus ou moins ce qui arrive aux personnages historiques – surtout les latinistes et les historiens – il faut en ajouter d’autres.

Les légionnaires Lucius Vorenus et Titus Pullo sont, à l’origine, deux légionnaires présentés brièvement dans La Guerre des Gaules de Jules César. Ils ont été développés pour la série. Ils se trouvent confrontés aux intrigues politiques qui déchirent la République. Ils permettent de montrer le point de vue des plébéiens, tandis que d’autres personnages, comme Atia de la famille des Julii, présentent celui de la noblesse. Différentes échelles sociales qui permettent d’observer toutes les facettes de Rome : ceux qui jouent au « jeu de trônes » et les hommes de main.

 

Les idées reçues, un danger devenu atout

Les scénaristes ont eu l’intelligence de s’appuyer sur un fonds culturel commun. Ils l’ont savamment détourné, de façon légère mais suffisante pour éviter l’évidence.

La psychologie des personnages est complexe : les scénaristes se sont efforcés d’éviter les facilités : faire de Brutus un ignoble traître, ou de Cicéron un orateur brillant, par exemple. Ce dernier est un lâche et un opportuniste dans la série. Je le trouvais assez peu sympathique, au début. Point de discours cicéronien, bien qu’il soit connu pour ça : ici, les orateurs sont Jules César et Marc-Antoine. Et encore, le plus célèbre discours de ce dernier, alors qu’il galvanise les foules après la mort de César, est ici rapporté par l’un des acolytes d’Erastes Fulmen. Manière de dire : Shakespeare l’a déjà fait avant nous, inutile d’insister là-dessus.

Le personnage de Cléopâtre est, quant à lui, réussi. Loin de la Monica Bellucci d’Astérix & Obélix : Mission Cléopâtre, celle de Rome est une jeune droguée aux cheveux courts et à la peau blanche – signe de noblesse – et une sacrée manipulatrice politique… et sexuelle. Quant à sa fin dans la saison 2, elle s’éloigne également de la représentation romantique que la postérité a retenue.

La mort de Jules César, si elle ressemble beaucoup à celle qui est restée dans notre imaginaire collectif, nous épargne toutefois le « Toi aussi, mon fils » adressé à Brutus. Jugé sans doute trop cliché, trop théâtral. Les avertissements de sa femme, suite à une prémonition, ne sont là que pour la forme.

Les scénaristes cherchent à réactualiser les idées reçues, sans les rejeter tout à fait. Elles sont importantes, car des événements tels que la mort de César constituent des événements attendus. La question du suspense n’est plus de savoir ce qui va arriver, mais comment cela va-t-il se produire.

D’ailleurs, ces événements servent de référents pour le spectateur. Comme si les enlever aurait fait perdre de la crédibilité historique à la série.

Finalement, l’héroïsme ne se trouve pas tant dans ces événements fameux, que dans les aventures des personnages inventés ou recentrés pour la série : en particulier Vorenus et Pullo et la scène dans l’arène, à la fin de la saison 1. Celle-ci est d’ailleurs la preuve que point n’est besoin de créer un décor somptueux de type Gladiator pour créer une ambiance épique. Moindre budget, petits décors, mais scènes puissantes.

 

Et pour finir, un procédé narratif audacieux !

Dans un roman, on peut résumer les événements en quelques lignes. Mais dans une série, comment faire ? On peut utiliser une voix off, mais alors ça ferait un peu « documentaire », ce qui n’est pas l’esprit de la série. Ou alors, un court texte qui s’afficherait sur l’écran – mais ce n’est pas l’idéal sur un écran. Alors ils ont eu l’idée, selon moi brillante, d’un crieur public sur le forum : il annonce au peuple romain les derniers événements marquants mais, en même temps, c’est à nous, spectateurs, qu’il résume les faits. Le crieur public est le même durant les deux saisons. Il est même devenu un repère pour le spectateur. Alors que tout se gâte autour de lui, tandis que les personnages meurent ou s’exilent, celui-ci reste le même, avec son jeu d’acteur volontairement emphatique, captivant.

 

La série Rome a donc su tirer parti de tous les avantages d’adapter cette époque en série, et transformer habilement ses handicaps en atouts. Dommage que la fin ait été accélérée pour des raisons de budget : la saison 2 est une compilation de trois prévues à l’origine.

Bien sûr, il est toujours possible de la critiquer : peut-être y a-t-il trop de sexe ; beaucoup de batailles sont occultées pour des raisons financières ; enfin, certains clament même que la violence est trop présente – mais je me demande comment pourrait-on faire autrement. Quoi qu’il en soit, Rome est, à mon avis, une grande réussite d’un point de vue scénaristique et historique.

Et vous ? Êtes-vous plutôt Rome ou plutôt Gladiator ?

 Source : Wikipédia pour les précisions chiffrées.

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Mai 07

Le Trône de Fer : le scénario en questions

D’autres extraits d’interview qui permettent d’en savoir un peu plus sur l’écriture du Trône de Fer. L’auteur, George R.R. Martin, parle de certains de ses procédés pour construire le scénario et entretenir le suspens : notamment l’usage des prophéties et la mort des personnages. pour votre sécurité, Les rares « spoilers » ont été soigneusement balisés !


 

Prophéties et jeux sur l’attente du lecteur

Une chose curieuse, dans vos livres, c’est que vous donnez plein d’indices à travers les flammes du Dieu Rouge, les mots du fantôme de Noblecœur (Ghost of the High Heart) ou les visions que Daenerys a dans l’Hôtel des Nonmourants (House of the Undying).

[Note : la série a essentiellement gardé les prophéties de Melisandre.]

Eh bien, peut-on les considérer comme étant des spoilers ? [Rires.] Il faut les regarder très attentivement pour comprendre ce qu’ils signifient. Ils ne veulent pas toujours dire ce qu’ils ont l’air de vouloir dire…

 

C’est sûr, l’intrigue est parfaitement imprévisible malgré toutes les prophéties que vous donnez pour nous aider…

[Rires.] Les prophéties sont, comme vous le savez, à double tranchant. Vous devez vous en servir avec le plus grand soin. Je veux dire qu’ils peuvent ajouter de la profondeur et de l’intérêt à un livre, mais vous ne devez surtout pas être trop littéral ou trop facile… Durant la Guerre des Deux-Roses (Angleterre, XVe siècle), il y avait un Lord à qui on avait prédit qu’il mourrait sous les murs d’un certain château ; il est alors devenu superstitieux à ce genre de murs. Il ne s’est donc jamais approché de ce château. À cause de la prophétie, il est resté à des milliers de lieues de là. Toutefois, il est mort au cours de la première bataille de St Paul de Vence. Quand on a trouvé son corps, il était devant une auberge dont l’enseigne était un dessin de ce château ! [Rires.] Donc, vous voyez ? C’est comme ça que les prophéties s’accomplissent de manière inattendue. Plus on essaie d’y échapper, plus on les rend véridiques, et je m’amuse un peu avec ça.

 

Donc vous cherchez toujours à frustrer nos attentes. Je me trompe ?

Oui, ça a toujours été mon intention de jouer avec les attentes du lecteur. Avant de commencer à écrire, j’étais un lecteur passionné et je le suis toujours ; et j’ai lu beaucoup, beaucoup de livres dont l’intrigue était très prévisible. En tant que lecteur, je cherche un livre qui me donne du plaisir et me surprenne. Je ne veux pas savoir ce qui va arriver. Pour moi, c’est central dans l’art de raconter des histoires. Je veux que mes lecteurs tournent les pages avec une fièvre croissante : qu’ils aient envie de savoir ce qui arrive ensuite. Il y a pas mal de choses auxquelles on s’attend, en particulier dans la fantasy où on a le héros, l’élu, qui est toujours protégé par sa destinée. Je ne voulais pas de ça dans mes livres.

 

Tueur de personnages

Quand vous tuez un personnage et que des fans s’en plaignent, que répondez-vous ?

Parfois, je compatis. C’est dur de tuer des personnages. Ce sont mes enfants. Bien sûr, certains étaient marqués par la mort dès le départ, comme (attention, spoiler saison 1) Ned Stark. Il y a plein de livres écrits pour ceux qui recherchent le confort dans la lecture, qui veulent apprécier une histoire excitante sans que rien ne vienne les déranger ou les bouleverser. C’est excitant de voir un film avec Indiana Jones et de le regarder tuer 40 nazis, mais il y a aussi une place pour La Liste de Schindler. L’héroïsme de Schindler est plus dans mon genre que celui d’Indy – l’un est divertissant, mais l’autre est profond et dit quelque chose sur la nature humaine. Je ne sais pas si j’y parviens, mais en tout cas c’est ça que je recherche. Je pense que la fantasy après Tolkien est devenue Indiana Jones. On a imité beaucoup de thèmes de Tolkien sans en garder l’esprit. Ses livres ne sont pas tous très joyeux.

 

Si certains protagonistes n’avaient pas été tués, la saga aurait pris un tour complètement différent. Saviez-vous à l’avance ce qui allait arriver à ces personnages ? Ou bien leur mort est-elle quelque chose qui est devenue inévitable au fur et à mesure que vous écriviez ?

Je le savais presque depuis le début. Je connais les temps forts de l’histoire, qui va vivre et qui va mourir. Il y a beaucoup de détails que je découvre lors de l’écriture. Pour certains personnages secondaires, je peux l’inventer au moment où j’écris. Si un des personnages principaux va se battre accompagné de six de ses amis, je ne sais pas nécessairement ce qui va arriver à ces six amis quand je m’assois pour écrire. Mais ce qui arrive aux personnages importants, le moment de leur mort, les événements qui vont faire basculer leur vie… tout a été planifié depuis le début.

 

Faites-vous parfois un tour sur Internet, dans les forums, pour voir les prédictions que font vos fans ?

Je connais les principaux forums sur le net qui se centrent sur Le Trône de Fer, et avant j’avais l’habitude de regarder les groupes anglais et américains. Aujourd’hui, le site le plus important est Westeros – mais j’ai commencé à me sentir mal à l’aise et j’ai pensé que ce serait une meilleure idée de ne pas me rendre sur ces sites. Les fans inventent toujours des théories ; beaucoup d’entre elles sont spéculatives mais d’autres sont sur la bonne voie. Avant le net, un lecteur pouvait deviner la fin que vous désiriez pour votre roman, mais les 10 000 autres n’en savaient rien et elles étaient toujours surprises. Cependant, à présent, ces 10 000 personnes utilisent le net et elles lisent les bonnes théories. Elles disent : « Oh mon Dieu, c’est le majordome qui l’a fait ! », pour prendre l’exemple d’un roman policier. Alors, vous pensez : « Je dois changer la fin ! La jeune fille sera le criminel ! » À mon avis, cette façon de penser conduit au désastre parce que si vous faites bien votre travail, les livres sont plein d’indices qui suggèrent, qui vous aident à comprendre que c’est le majordome qui l’a fait. Si vous changez la fin pour faire de la jeune fille le coupable, ces indices n’ont plus aucun sens : ils sont faux, ou bien ce sont des mensonges – et je ne suis pas un menteur.

 

Vous savez que la fin ne satisfera pas tout le monde, n’est-ce pas?

Bien sûr, je décevrai certains de mes fans parce qu’ils imaginent des théories sur qui va prendre le trône à la fin : qui vivra, qui mourra… Ils vont jusqu’à imaginer des associations romantiques. Mais j’en ai déjà fait l’expérience avec A Feast for Crows (tome 4) et de nouveau avec A Dance with Dragons (tome 5), et, pour reprendre les mots de Rick Nelson : « Vous ne pouvez pas satisfaire tout le monde, vous devez donc vous satisfaire, vous. » J’écrirai donc les deux derniers livres comme je le peux, et je pense que la grande majorité de mes lecteurs s’en contentera. Essayer de satisfaire tout le monde est une terrible erreur. Je ne dis pas qu’on a intérêt à agacer les lecteurs, mais l’art n’est pas une démocratie et ne devrait jamais l’être. C’est mon histoire et les gens que ça agace n’ont qu’à écrire leurs propres histoires, celles qu’ils veulent lire.

 

Attention, risque de spoils dans les deux questions qui suivent, pour les non-lecteurs du tome 5.

 

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Avr 30

Les personnages dans Le Trône de Fer : la recherche du Côté Gris

George R.R. Martin met en pièces les clichés de la Fantasy traditionnelle. La preuve avec des extraits d’interviews sur le thème des personnages.


 

Les prochaines publications sur George R.R. Martin compileront trois interviews que j’ai dénichées sur le web… Ou plutôt, des extraits pris dans chacune d’entre elles – qui sont souvent très longues, et passionnantes. Il a fallu faire le tri; et même après, il reste beaucoup de questions. Je vous les ferai donc manger en plusieurs fois !

Elles datent un peu, mais restent très éclairantes sur l’œuvre, les personnages, les rapports de l’auteur à la série.

  • L’une vient du site Entertainment Weekly, et a été réalisée en 2011, après la sortie de la saison 1.
  • L’autre provient d’un blogueur catalan, Adrià Guxens. Cette interview date de 2012, avant la sortie de la saison 3. Les passionnés pourront la trouver en entière, en anglais, en espagnol… et même en catalan !
  • La troisième interview a été traduite par actusf.com, d’après une interview originale de Smartertravel.com (réalisée en avril 2012 par Josh Roberts).

 

On salue souvent votre maîtrise de la technique du point de vue. Pouvez-vous m’en dire un peu plus sur cette méthode ?

Je suis un fervent défenseur de l’utilisation d’un point de vue limité, mais très précis, à la troisième personne pour raconter des histoires. J’ai utilisé d’autres techniques au cours de ma carrière, telles que les points de vue omniscients ou à la première personne, mais en fin de compte je déteste le point de vue omniscient. Aucun d’entre nous n’a un point de vue omniscient, nous sommes seuls dans l’univers. On entend ce que l’on entend… notre perception est très limitée. Si un avion s’écrasait derrière vous, je le verrais, mais vous non. C’est la manière dont nous percevons le monde et je veux placer mes lecteurs dans la tête de mes personnages.

Mais vous avez beaucoup de personnages…

Oui, dans le cas du Trône de Fer j’ai une histoire épique qui prend autant d’ampleur que l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. Si j’écrivais sur ce sujet, quel est le point de vue que j’adopterais ? Je pourrais choisir le point de vue d’un jeune soldat américain envoyé en Allemagne, mais alors, bien sûr, je ne saurais pas ce qui se passe dans le Pacifique ou dans les hautes strates du pouvoir… Je pourrais donc choisir aussi le point de vue de Churchill mais dans ce cas je ne donnerais des informations que d’un côté, et donc je devrais aussi choisir le point de vue d’Hitler et alors je me sentirais assez bizarre.

Quand on se trouve dans la tête des personnages, on peut lire ce qu’ils pensent ; on n’a pas l’impression qu’ils sont simplement bons ou mauvais…

Non. Mes personnages ne sont pas noirs ou blancs, comme dans le cliché de la Fantasy traditionnelle. Je n’ai pas le camp blanc typique, avec les personnages très bons, et le camp des méchants, constitué d’individus laids et mauvais qui ne portent que des vêtements noirs. J’ai toujours été très impressionné par Homère et son Iliade – en particulier la scène de combat entre Achille et Hector. Qui est le héros, qui est le scélérat ? C’est le pouvoir de cette histoire et je voulais quelque chose de similaire pour mes livres. Le héros d’un camp est le scélérat de l’autre.

L’un des personnages féminins les plus développés est Catelyn Stark.

Je voulais une mère forte parmi mes personnages. Les portraits de femmes dans la Fantasy épique sont problématiques, depuis un long moment. Ces livres sont majoritairement écrits par des hommes, mais les femmes aussi les lisent – en grand, en très grand nombre. Et les femmes de la Fantasy ont tendance à être des femmes tout à fait atypiques… Elles ont tendance à être la guerrière ou la courageuse princesse qui refuse les plans que son père a pour elle, et on trouve de ces archétypes dans mes propres bouquins. Cependant, avec Catelyn, on retrouve Aliénor d’Aquitaine : la figure de la femme qui a accepté son rôle et ses fonctions dans une société étroite d’esprit et, néanmoins, qui possède une influence, un pouvoir et une autorité considérables tout en acceptant les risques et les contraintes de cette société. Elle est aussi une mère… Contrairement à la tendance que l’on trouve beaucoup dans la Fantasy, qui est de tuer la mère ou de la faire disparaître. En général, elle est morte avant que l’histoire ne commence… Personne ne veut entendre parler de la mère du roi Arthur ni de ce qu’elle pensait ou ce qu’elle faisait – donc on la fait disparaître et c’est ce que je voulais moi aussi. Et voilà le personnage de Catelyn.

 

Rendez-vous la semaine prochaine avec la construction du scénario et du suspense…

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Avr 23

George R.R. Martin, portrait d’un faiseur de rois

Quelques mots sur l’un des écrivains les plus suivis du XXIe siècle.


Pour inaugurer cette catégorie, j’ai décidé de m’intéresser à George R.R. Martin, le célèbre auteur de la saga du Trône de Fer (A Song of Ice and Fire), adaptée pour le petit écran avec Game of Thrones. Le Time l’a nommé comme étant l’une des personnalités les plus influentes de l’année 2011. Il faut dire que, si ses personnages gouvernent un royaume, lui règne sur un empire de fans. Et qu’à chaque nouvelle saison, c’est la folie sur le net.

http://commons.wikimedia.org/wiki/File:George_R._R._Martin_%289347948353%29.jpg

George R.R. Martin au Comic Con de San Diego en 2013 (photo de Gage Skidmore).

Une vie

GRRM (pour les fans), fils d’un père docker, est né en 1948 au New Jersey (il vit aujourd’hui dans l’état de New Mexico, à Santa Fe).

Il a commencé à écrire très jeune.  Pendant la guerre du Vietnam, il a été objecteur de conscience (refus d’effectuer son service militaire). Devenu journaliste dans les années 70, il a également supervisé des tournois d’échecs pour une association. Puis, dans les années 80, il travaille pour Hollywood en tant que scénariste de télévision. Quelques années après, il en a assez : son imagination se trouve trop contrainte, en particulier par les questions de budget.

Peu à peu, l’idée d’une trilogie, puis d’une longue saga s’installe en lui. Là, il pourra enfin créer des décors, des batailles gigantesques. Cela deviendra A Song of Ice and Fire (souvent raccourci en ASOIF ou ASIF chez les fans) – Le Trône de Fer en français. Le premier tome sort en 1996. Quatre suites sont parues depuis. Et ce n’est pas fini.

Plusieurs de ses livres ont reçu des récompenses, outre les volumes du Trône de Fer.

J’ai pu lire l’un de ses romans, Riverdream (Fever Dream en VO). Il s’agit d’une histoire de vampires qui fait un peu songer au film Entretien avec un vampire (paru en 1976, soit six ans plus tôt), car tous les deux se basent dans l’atmosphère de la Nouvelle-Orléans (une partie tout au moins). Néanmoins, on trouve déjà la patte de Martin : univers sombre, mêlant mystique et rationalisme, avec un sens déjà aigu de la psychologie. Un bon roman.

 

Un nom

Voici un extrait d’interview traduit par mes soins, qui en dit un peu plus sur son nom (et ses influences littéraires) :

« Pourquoi avez-vous décidé d’inclure le double « R » pour votre nom d’artiste ?

Le premier « R » vient du prénom de mon père, Raymond, et le second est pour Richy, un nom qui est venu avec la confirmation. Et oui, avant que vous ne me le demandiez, j’ai été élevé catholique pratiquant, bien que ça fasse longtemps que je ne pratique plus. D’autre part, je voulais le double « R » pour mon nom d’artiste parce que George Martin est un nom très commun. Il existe même plusieurs George Martin qui sont célèbres ; j’ai donc décidé d’ajouter le double « R » pour me différencier des autres.

C’est curieux… Tolkien aussi était « R.R. » Tolkien…

[Rires] J’ai lu Tolkien alors que j’avais douze ans à peu près, et il m’a tellement impressionné que je ne me lasse pas de le relire. En fait, alors que j’étais gosse, j’ai envisagé d’envoyer une lettre à M. Tolkien, mais finalement je ne l’ai pas fait. Je le regrette à présent, d’autant plus depuis que je sais que Tolkien lisait pratiquement toutes les lettres qu’il recevait. Mais Tolkien n’a pas eu une influence directe sur moi quand j’ai décidé d’écrire Le Trône de Fer. Et ce, bien que mes livres appartiennent au genre de la Fantasy que Tolkien a améliorée. Je veux dire par là que la Fantasy est très ancienne. On peut la trouver dans l’Iliade ou dans l’épopée de Gilgamesh ; mais Tolkien en a fait un genre moderne. Le Trône de Fer partage certains de ces modèles, mais pas tous. Par exemple, je cherche à donner à voir une Fantasy plus sale, plus crue que celle de Tolkien. »

 

Sources:

  • blog de George R.R. Martin ;
  • Wikipédia (parce qu’on est humain et que Wiki, c’est bien, quand même) ;
  • interview par un blogueur catalan, Adrià Guxens (2012).

Pour en savoir plus sur George R.R. Martin, vous pouvez jeter un œil à cette interview de Featherfactor.com : elle s’intéresse notamment à ses goûts littéraires.

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