Août 01

Ascension

« Et on arpente, et on arpente. »
Olivia Profizi, Les Exigences, p. 82.

 

Première de couverture des Exigences d'Olivia Profizi.

Source de l’image : http://p5.storage.canalblog.com/57/78/1120650/94323528_o.jpg

 

Elle est seule. La pente est douce, unie, l’herbe est verte mais glissante. Pas d’arbres, de maison, personne. Le sommet de la colline se découpe dans un ciel pluvieux. Une ligne droite, presque géométrique, couronnée par un arc-en-ciel. Elle doit l’atteindre. Coûte que coûte.

Elle monte d’un pas timide. Elle relève sa robe pour ne pas l’abîmer dans l’herbe humide, dévoilant ses jambes nues. Elle n’aurait pas dû mettre de talons. Ils lui compliquent la tâche. Souvent, ils s’enfoncent dans la terre molle, manquent de la faire chuter. Elle a bien pensé à les retirer, mais elle ne peut pas ralentir sa marche. Elle ne regarde pas en arrière. Elle ne doit surtout pas regarder en arrière. Elle a peur de contempler l’étendue de ses efforts, de fixer la lumière froide du soleil qui pèse dans son dos. Si elle se retourne, elle est perdue.

Il lui reste un long chemin à grimper. À vrai dire, elle n’a pas tellement l’impression d’avoir avancé. Elle ne se souvient plus depuis combien de temps elle monte. Elle est incapable de se situer sur une carte. Son seul espoir réside en l’ascension. En haut de la colline, elle pourra enfin s’asseoir – ou même s’allonger dans l’herbe. Elle pourra se retourner, contempler le monde désert au-dessous d’elle. Avoir un aperçu de ce qui se cache derrière. Un plateau ? Ou le vide ? Le doute la terrifie, et pourtant elle continue à marcher. Là-haut, se trouve le repos.

Mais là-haut, aussi, c’est la Nuit.

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